L’attachement : gare aux idées reçues

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Retrouvez cet article publié dans la revue Le Cercle Psy .

Si la théorie de l’attachement continue de se populariser dans le champ de la psychologie, quelques idées reçues continuent de sévir. De quoi faire frissonner, outre-tombe, John Bowlby et Mary Ainsworth, ses bâtisseurs.

1 – Un bébé s’attache à sa maman dès la naissance

Au risque d’en décevoir plus d’une, le lien d’attachement entre un bébé et celle qui lui a donné la vie est loin d’être instantané. Celui-ci se construit très progressivement au cours des 9 premiers mois de l’enfant. Cet attachement est bien différent du phénomène immédiat « d’empreinte » décrit par Konrad Lorenz, célèbre biologiste et zoologiste autrichien, dans les années 1930, chez les oiseaux. Si les signaux d’attachement du bébé humain, tels que les pleurs, les cris, les vocalises, sont présents dès la naissance, ils ne sont pas dirigés vers une personne en particulier. Leur objectif premier est de favoriser la proximité de l’adulte, indispensable à la survie du bébé.

Trois grandes étapes sont nécessaires pour parvenir à ce que la maman, ou le papa, devienne cette figure d’attachement principale, que Nicole Guedeney, pédopsychiatre et auteure de L’Attachement : approche théorique. Du bébé à la personne âgée (Masson, 2009), décrit comme unique et irremplaçable. Première phase : dans les trois premiers mois, le bébé recherche la présence et la proximité des êtres humains qui l’entourent, desquels il est 100 % dépendant, sans diriger réellement ses signaux vers telle ou telle figure. Certains travaux récents auraient toutefois souligné une légère préférence pour les personnes avec qui le bébé aurait été en lien durant sa vie intra-utérine… Seconde phase : de 3 à 6 mois, l’enfant s’oriente progressivement vers sa probable figure d’attachement, à savoir vers la personne qui s’occupe le plus de lui. Troisième phase : à partir de 6-9 mois, et ce jusqu’à trois ans, l’enfant établit sa fameuse « base de sécurité ». C’est vers cette personne « ressource » que l’enfant se dirigera spontanément lorsqu’il en ressentira le besoin.

2 – Un bébé aime plus sa maman que sa nounou

De nombreux adultes gravitent autour d’un bébé : parents, nounou, voisins, grands-parents, tatas, tontons. Au cours de ses neuf premiers mois de vie, un bébé va hiérarchiser ses différentes figures d’attachement : certaines deviendront principales, d’autres subsidiaires. La personne qui s’est le plus occupée de l’enfant pendant cette période deviendra la figure d’attachement principale, le plus souvent il s’agit de la maman. Dès lors, la nounou fera office de figure d’attachement subsidiaire. L’appellation « principale » ne signifie pas que le bébé aime davantage sa maman que sa nounou. Cela implique seulement que la maman, en tant que figure principale, apportera un plus grand sentiment de sécurité à cet enfant que la nounou, et que c’est préférentiellement vers elle que ce petit s’orientera en cas de détresse (faim, peur…).

3 – Un parent insécure aura forcément un enfant insécure

Si cette transmission se rencontre dans la majorité des cas, elle est loin d’être systématique, puisqu’elle concerne en moyenne 70 % des mamans, et un peu moins les papas. Ce qui signifie que pour 30 % des mères nous observons une discontinuité : des mères sécures peuvent avoir des enfants insécures.

C’est là toute la question épineuse de ce que les « attachementistes » nomment la transmission intergénérationnelle de l’attachement, l’un des axes de recherche les plus fertiles de la théorie de l’attachement. Le principe est le suivant : le parent tend à agir avec son enfant de la même manière que ses propres parents ont agi avec lui, alors qu’il était enfant. Dans le sens où l’attachement est censé être un trait stable tout au long de la vie, le caractère sécure ou insécure de l’enfant tend à engendrer un certain type de comportement chez l’enfant devenu lui-même parent qui peut transmettre, à son tour, ce même type d’attachement à son enfant.

Dès 1985, Mary Main, psychologue américaine, souligne une corrélation positive et significative entre les représentations d’attachement de la maman. Une dizaine d’années plus tard, dans les années 1990, Peter Fonagy, psychologue et psychanalyste, titulaire de la British Psycho-Analytical Society et directeur du département du Clinical Healt Psychology de l’université de Londres, s’est intéressé à l’association entre les représentations d’attachement de la future maman pendant le troisième trimestre de grossesse et celui de son tout-petit, alors âgé d’un an. Verdict : la corrélation était positive dans 75 % des cas. En revanche, une méta-analyse de Van Ijzendoorn, menée en 1995, souligne que la transmission du côté des papas n’avoisinerait que les 37 %.

4 – Aimer démesurément son enfant suffit à le rendre sécure

Aimer son enfant de tout son être ne suffit bien évidemment pas à lui faire développer un attachement sécure.

Le style d’attachement du petit repose essentiellement sur la disponibilité émotionnelle du parent, sa sensibilité, sa « conscience réflexive », c’est-à-dire sa capacité à interpréter les états internes de son enfant, ses émotions, ses pensées, et à y répondre de manière rapide, stable et ajustée. Une maman peut aimer énormément son bébé sans savoir pour autant comment répondre à ses besoins d’attachement.

5 – Un insécure devient malade ou malheureux

On estime à 40 % le nombre d’enfants à l’attachement insécure. Mais ils ne tombent pas pour autant dans la maladie mentale ! Il ne s’agit pas d’un attachement à caractère « pathologique » ou d’un trouble de l’attachement. Si l’insécurité n’est pas un facteur de risque en tant que tel, elle tend à limiter le développement émotionnel, cognitif et social optimal de l’individu.

Pour aller plus loin (et tordre une bonne fois pour toutes le cou aux idées reçues !) …

Vivien Prior et Danya Glaser, Comprendre l’attachement et les troubles de l’attachement. Théorie, preuve et pratique. De Boeck, 2010. Nicole Guédeney, L’Attachement, un lien vital. Fabert, 2013.

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