Courir, sauter, grimper : comment ça marche ?

Retrouvez cet article publié dans la revue Infobébés d’août-Septembre 2012.

Depuis qu’il marche, votre enfant à la bougeotte : il court, saute et grimpe partout ! Autant de mouvements corporels qui nécessitent de véritables compétences psychomotrices. Car détrompez-vous, ces acrobaties ne sont pas aussi simples qu’elles en ont l’air…

Les bagages sont prêts ? C’est parti ! Les vacances d’été vont être l’occasion pour votre bout’chou d’explorer de nouveaux espaces et d’expérimenter de nouveaux mouvements avec son petit corps. La montagne verdoyante, la mer bleutée, les champs de lavande à perte de vue… Autant d’environnements inédits qui aiguiseront sa curiosité et stimuleront son envie de se mouvoir. D’autant plus s’il est devenu un marcheur aguerri. Et pour cause, à l’acquisition tant attendue de la marche s’ensuit toute une série de pirouettes dont votre petit raffole, comme courir après les mouettes, grimper les escaliers ou encore sauter à pieds joints dans une marre. La particularité de ces mouvements ? Déplacer l’intégralité du corps dans un espace donné. Ainsi les qualifie-t-on de mouvements locomoteurs (pensez à la locomotive qui se déplace), et les oppose-t-on aux mouvements non-locomoteurs, comme se pencher à la fenêtre, se redresser sur une chaise ou encore s’étirer comme un chat. Quelles difficultés doit alors surmonter votre petite Clémence pour parvenir à exécuter ces acrobaties ? Info vous dit tout !

Une bonne coordination !

Ces activités locomotrices nécessitent des compétences psychomotrices complexes. Pour courir, sauter ou grimper, activités de motricité dite globale, votre bout’chou va devoir non seulement mobiliser des groupes musculaires importants, contracter certains muscles et en relâcher d’autres, mais également les coordonner entre eux. Prenons l’exemple de la course. Pour courir comme un pro, votre enfant doit non seulement coordonner les mouvements de ses bras et de ses jambes, mais aussi être suffisamment costaud pour recevoir sur une seule jambe le poids entier de son corps. Et si la course apparaît aux alentours de dix-huit mois, elle ne sera maîtrisée pleinement qu’à l’âge de sept ou huit ans. Il en est de même pour le saut. Pour sauter comme un kangourou, votre loulou doit parvenir à fléchir ses deux petites jambes simultanément, à propulser son corps vers le haut par une extension de celles-ci, pour ensuite le laisser retomber sur ses deux jambes qui se fléchiront de nouveau. Et le tout avec précision, vitesse et souplesse. Tout un programme qui nécessite un bon équilibre, une excellente coordination et une force musculaire de champion !

L’ascension de l’escalier

Mais ce n’est pas tout. Car rapidement se pose la question de l’escalier. Pour se rendre chez la nounou ? Une flopée de marches à monter ! Pour rentrer à la maison ? Encore des marches à escalader car l’ascenseur est capricieux ! Votre souhait ? Que votre petite Charlotte soit rapidement capable de monter les marches seule, comme une grande. Or, une fois encore, cet exercice lui demande de nombreuses compétences : propulser une de ses jambes en hauteur, avoir une force suffisante pour que celle-ci supporte et ramène tout le poids du corps sur la marche supérieure, et surtout, être doté d’un équilibre postural sans faille. Elle a 18 mois ? Sans doute est-elle capable de gravir l’escalier, en vous tenant la main, et en rassemblant ses deux pieds sur chaque marche. Elle a 2 ans ? Elle est sur le point de monter et descendre les marches seule, en se tenant à la rampe. Chic ! Vous aurez dorénavant les mains libres pour porter vos multiples sacs, en rentrant des courses ! Mais il faut attendre l’âge de trois ans, pour qu’elle parvienne à monter l’escalier, en alternant un pied sur chaque marche, et même trois ans et demi pour qu’elle en fasse de même à la descente. Pourquoi six mois de plus pour réussir à descendre ? Tout simplement parce que le centre de gravité attire excessivement le corps de votre loustic vers le bas quand il se retrouve dans le sens de la pente. Ce qui nécessite une plus grande habilité musculaire, et un sens de l’équilibre hors-pair. Tiens, l’équilibre, parlons-en !

Un équilibriste en herbe !

Ces mêmes activités locomotrices renforcent l’équilibre de votre chérubin, qui joue à son tour un rôle clé dans le développement de sa motricité. Véritable sixième sens, notre équilibre nous accompagne dans notre vie de tous les jours, sans que nous en prenions conscience. Et pourtant, celui-ci se développe dès la phase prénatale et entre en fonction à la naissance. Son rôle ? Stabiliser le paysage visuel pendant que notre corps ou notre tête exerce un mouvement. En d’autres termes, disons que notre sens de l’équilibre nous permet de ressentir que c’est notre corps qui bouge, et non la pièce dans laquelle nous nous trouvons. Pensez à la danseuse classique qui enchaîne cinq pirouettes sans vaciller ou encore à la sportive qui exécute des figures sur la poutre avec agilité. Pour info, ce sens de l’équilibre, qui nous est si précieux, provient de l’appareil vestibulaire dont les récepteurs se logent au creux de notre oreille interne. Mais voilà, comme de nombreuses autres compétences musculaires et cérébrales, le sens de l’équilibre de votre bout’chou se développe au fur et à mesure de sa maturation. En attendant… bonjour les chutes !

Tomber pour mieux se relever

Car oui, malgré toute votre attention et vos mesures de protection, votre petit ange n’y échappera pas. Sachez d’ailleurs que les chutes vous effraient bien plus vous que lui, votre loulou, qui demeure dans l’insouciance. Son envie de se mouvoir reste toujours plus forte que sa peur de tomber. Sûrement avez-vous déjà remarqué qu’un enfant qui vient tout juste de dégringoler, repart de plus belle. Et c’est tant mieux ! Les chutes vont lui permettre d’apprendre à sentir, à connaître, et à se représenter son corps, et ainsi à participer à l’élaboration de son schéma corporel. Mais ce n’est pas tout. Tomber lui permettra également d’appréhender au mieux la limite de ses compétences et ainsi de réajuster son mouvement pour qu’il soit plus efficace. L’apprentissage de la motricité globale, comme tout apprentissage, s’effectue donc par essais et erreurs. Comment réagir ? Là est la question ! Auparavant, certaines mamans de familles nombreuses ne trouvaient pas le temps de surveiller les plus jeunes, qui courraient partout, en totale liberté. Ils tombaient, pleuraient, se relevaient, et ce en l’absence de leurs parents. Aujourd’hui, la réalité est toute autre. Les mamans, omniprésentes dans la vie de leur enfant, sont naturellement protectrices et à l’affût de la moindre chute. L’idéal ? L’attitude intermédiaire, sans doute. C’est-à-dire lui laisser une liberté suffisante pour qu’il puisse expérimenter son corps et se tromper. L’objectif ? Rester vigilant tout en cultivant sa curiosité, son esprit d’initiative et sa débrouillardise.

Bien dans son corps, bien dans sa tête !

Depuis le début de cet article, nous évoquons majoritairement la force musculaire de l’enfant, son sens de l’équilibre, et ses compétences motrices. Toutefois, détrompez-vous. Si ces exercices sont expérimentés par son petit corps, ils concernent aussi son esprit. Car ces mouvements participent activement au bon développement affectif et intellectuel de votre loulou. Que nous en ayons conscience ou non, notre corps joue un rôle clé dans notre vie. Et toute activité physique est un excellent moyen de décharger les tensions et les frustrations issues de notre quotidien. Il en est de même pour nos enfants, aussi jeunes soient-ils. Le fait de courir après un papillon dans un champ de coquelicots ou encore de sauter dans toutes les flaques d’eau qu’il croise, lui permet de s’exprimer et de favoriser sa bonne santé émotionnelle. Enfin l’ensemble de ces prouesses contribue également au développement de son estime de soi, à la sensation d’être quelqu’un à part entière, et de vivre ses propres expériences. Sans oublier qu’il est sensible à vos multiples encouragements !

Vous l’aurez compris : courir, sauter ou encore grimper n’est pas chose aisée pour nos tout-petits. Ces acrobaties requièrent des compétences musculaires, psychologiques et intellectuelles, avec des répercussions sur le plan affectif et émotionnel. Vous-même pouvez l’encourager dans cette quête de la motricité. Jouez avec lui à courir, à l’attraper, à sauter comme un kangourou, à grimper sur les rochers. Stimulez son envie de se mouvoir, tout en revivifiant l’énergie qui est en vous !

Conseiller : Emilie Chicheportiche, psychomotricienne à Paris

Au cœur d’une séance de psychomotricité

« Je reçois chaque semaine une dizaine d’enfants pour une séance de psychomotricité. Dans la grande salle sont disposés des matelas, des toboggans, des ponts, et des petits escaliers, qui permettent aux enfants de courir, de grimper, de sauter, de glisser. A deux ans, les petits ne jouent pas ensemble et demeurent dans l’individuel. A trois ans, leur motricité est plus développée et les enfants entrent souvent en relation en imitant les mouvements du petit copain. A quatre ans, ils sont davantage dans la compétition et jouent à qui va courir le plus vite ou sauter le plus loin. »

Carole Neveux, psychologue et animatrice en éveil corporel à Paris

Zoom sur  son petit cerveau !

Le fait de courir, de sauter ou encore de monter les marches d’un escalier sont un ensemble de schémas moteurs automatiques que l’enfant acquiert avec l’expérience. Ces mouvements sont stockés dans les « ganglions de la base », zone située au centre de son cerveau. Quand un enfant saute pour la première fois, il doit mettre bout à bout toute une suite de schémas moteurs encore inédits, ce qui explique pourquoi son mouvement est gauche et maladroit. Au terme de maturation et d’expérience, l’enfant exécutera alors ces figures sans réfléchir, comme ce serait le cas pour un adulte. Ainsi, seule l’activation du mouvement (entraînant l’activation des schémas moteurs), sera volontaire.

Sylvain Nollet, neurologue et assistant hospitalier au CHU de Besançon

L’été dernier, sa motricité s’est développée à vitesse grand V !

A la veille de l’été, ma petite Barbara était une marcheuse débutante. Pendant les vacances, je l’ai alors conduite dans des espaces où elle pouvait tenter quelques acrobaties, sans trop de risques. Je pense notamment au sable de la plage qui amortissait chacune de ses chutes. Je m’amusais à jouer à chat avec elle. Autant dire qu’à la fin du séjour, elle avait drôlement pris confiance en son corps et avait fait d’énormes progrès !

Natacha, maman de Barbara, trois ans (76).

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