
Connaissez-vous vraiment la théorie du complexe d’œdipe ?
⚠️ Avertissement avant lecture :
J’ai bien conscience du caractère extrêmement polémique de cet article qui va, sans aucun doute, heurter bon nombre d’entre vous. J’en suis désolée. Et en même temps, vous connaissez mon engagement en faveur des enfants. C’est en dénonçant haut et fort cette théorie que l’on fera évoluer les mentalités de notre pays.
Tout commence le 3 octobre 1897, lorsque Freud, neurologue autrichien, raconte avoir ressenti une excitation sexuelle quand il voit sa mère nue à l’occasion d’un voyage pour Vienne alors qu’il n’a que 2 ans ou 2 ans et demi (vrai souvenir improbable à cet âge).
11 jours plus tard, le 14 octobre 1897, il généralise son propre ressenti à l’ensemble des enfants : j’ai trouvé le sentiment amoureux pour la mère et la jalousie envers le père, et je les considère maintenant comme un évènement général de la prime enfance.
Il développe par la suite sa théorie sur la base d’un mythe bien connu, celui de l’Œdipe.
DÉCRYPTAGE :
Freud érige un souvenir personnel (et improbable) en théorie générale, universelle.
Cette théorie, infondée, ne repose donc sur AUCUNE preuve, ni démarche scientifique.
FAIT INTÉRESSANT :
La version populaire de cette théorie (la petite fille amoureuse de son papa) est très éloignée de la vraie version.
Selon Freud, le petit garçon désire (inconsciemment) avoir des rapports sexuels avec sa mère et tuer son père.
Quant à la fille, elle découvre avec déception qu’elle n’a pas de pénis. Elle est alors décrite comme un : « être blessé, victime d’une infériorité d’organe, que l’homme méprise et qui se méprise elle-même »
Sur un site psychanalyste francophone actuel, on peut lire : « La femme, être inférieur, reste ainsi (…) un être jaloux (…) et vaniteux (…), tenté d’affirmer (…) la présence, malgré tout, de ce pénis absent convoité »
Mélanie Klein, psychanalyste, situe le complexe d’Œdipe dès la première année de vie : elle écrit en 1932 que chez le très jeune enfant une voiture en mouvement représente la masturbation et le coït, des voitures qui s’entrechoquent, le coït, tandis que la comparaison de deux voitures de taille différente exprime la rivalité avec le père ou son pénis
Elle avance également : la frustration du sein maternel amène les garçons comme les filles à s’en détourner, et stimule en eux le désir d’une satisfaction orale assurée par le pénis du père (…)
en même temps, les sensations et les tendances génitales [du petit garçon] impliquent la recherche d’une ouverture où il puisse introduire son pénis, c’est-à-dire qu’elles visent la mère les sensations génitales de la toute petite fille préparent de la même manière le désir de recevoir le pénis paternel dans son vagin, poursuit-elle.
OUI, C’EST CHOQUANT.
RÉVOLTANT.
INSUPPORTABLE.
ET CE N’EST PAS TOUT.

Peut-être me direz-vous que Mélanie Klein et Sigmund Freud sont des cas isolés, et que les psychanalystes « modernes » sont plus nuancés.
C’est bien sûr le cas pour certains, mais pas pour tous.
Françoise Dolto, elle-même d’inspiration freudienne (et ayant par ailleurs œuvré pour la reconnaissance de la parole de l’enfant – ce que je ne nie pas), affirme en 1979 : « dans l’inceste père-fille, la fille adore son père et est très contente de pouvoir marquer sa mère »
Une journaliste l’interroge :
« Quand une fille vient vous voir et qu’elle vous raconte que, dans son enfance, son père a coïté avec elle et qu’elle a ressenti cela comme un viol, que lui répondez-vous ? »
« elle ne l’a pas ressenti comme un viol. elle a simplement compris que son père l’aimait et qu’il se consolait avec elle, parce que sa femme ne voulait pas faire l’amour avec lui » lui répond Françoise Dolto.
La psychanalyste Claude Halmos écrit en 2008 :
« les enfants, disait Françoise Dolto, sont des volcans d’érotisme. en les mettant dans la chaleur d’un lit, au contact d’autres corps, on provoque donc chez eux des émois érotiques et cela n’est pas sans conséquences »
Selon la psychologue Caroline Goldman, elle aussi d’inspiration freudienne :
« les parents doivent tarir la source de séduction œdipienne de l’enfant ». Comme d’autres psychanalystes, elle sexualise les rapports entre parents et enfants : « le courant de l’éducation positive prône un bain incestuel : tout le monde dans le même lit, le cododo »
Dans un autre registre, dans le film « le phallus et le néant » sorti en salles en 2019, un psychanalyste contemporain affirme que :
« L’inceste du père ne fait pas tellement de dégâts, ça rend juste les filles un peu débiles ». Un autre lance que : « la femme n’existe pas » ou encore qu’elle n’est « qu’un trou ».
Ce qui est fort regrettable dans cette histoire, c’est que cette théorie choquante – et spéculative – a de réelles répercussions sur les enfants d’aujourd’hui…

Bien qu’infondée et scandaleuse, cette théorie continue d’imprégner – essentiellement en France – les institutions, les universités, les tribunaux, les médias, les livres, les formations, les cabinets de psys, de médecins, etc.
Et ses conséquences sont bien réelles.
1ère conséquence :
La parole des enfants victimes d’abus sexuels est souvent mise en doute, leurs témoignages pouvant être interprétés comme des mensonges voire des fantasmes.
Si bien qu’en 2023 la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE) souligne la nécessité de : « mettre un terme aux théories non-scientifiques qui influencent les jugements des professionnels dont celle du complexe d’œdipe ».
2ème conséquence :
Quotidiennement, de nombreuses difficultés d’enfants sont interprétées à travers le prisme œdipien : difficultés d’apprentissages, d’autonomie, d’endormissement, de coopération mais aussi de… concentration.
Selon Caroline Goldman, psychologue d’inspiration freudienne : « on ne peut pas entrer dans les apprentissages si on est traversé en permanence par l’excitation. Ces enfants, on les excite, on les agite, et après on les taxe de TDAH »
3ème conséquence :
Certains psychanalystes font encore aujourd’hui l’apologie des violences éducatives ordinaires (VEO).
Le psycho-historien Marc-André Cotton, fervent critique des théories freudiennes, nous explique que « selon Freud, l’enfant rechercherait inconsciemment la punition car celle-ci devrait lui permettre de soulager la “culpabilité œdipienne” qu’il éprouverait à être amoureux de sa mère ».
Dans son livre “File dans ta chambre !”, la psychologue Caroline Goldman préconise d’isoler un jeune enfant dès l’âge de 12 mois (s’il jette un petit pot de sa chaise haute par ex.) :
« Il est important de garder à l’esprit l’importance de sanctionner l’enfant le plus tôt possible, à la racine de la montée pulsionnelle »
« Continuer à l’exclure à chaque fois qu’il transgressera, de façon systématique, dépassionnée et opératoire. Il sortira de ce stage intensif de contention pulsionnelle absolument transformé »
4ème conséquence :
Les pratiques de maternage proximal, pourtant universelles chez l’être humain, sont critiquées.
Cododo, allaitement prolongé, portage – ces pratiques peuvent être caricaturées comme des preuves d’une fusion mère-enfant problématique… quand elles ne sont pas soupçonnées d’être « incestuelles » :
« Vous êtes une mère fusionnelle, il est temps de couper le cordon ! »
« Vous dormez encore avec votre fils de 2 ans ? ce n’est pas très sain ! »
Dans une interview parue dans le magazine Elle, le pédopsychiatre Marcel Rufo estime que
« Allaiter plus de six mois, quand l’enfant commence à avoir des dents, cela me pose question. Quand le sein a retrouvé sa fonction érotique, il ne se partage pas ! ou alors, c’est qu’il y a érotisation de l’allaitement »
Un autre psychanalyste accuse les mères allaitant longtemps de mettre leur enfant à leur « service sexuel ».

NON, un enfant n’est
ni un pervers,
ni un agresseur sexuel,
ni un être malveillant animé de pulsions destructrices,
ni un complice des sévices qu’il subit.
Tout enfant a besoin qu’on l’écoute et qu’on le protège.
Que vous soyez parent, professionnel·le de l’enfance, formateur·rice, enseignant·e, journaliste, éditeur·rice, avocat·e, juge…
Veuillez SVP à ne pas contribuer à la propagation de cette théorie, dans l’intérêt supérieur des enfants de notre pays.

Sources / Pour en savoir plus
- Rapports institutionnels et sources officielles
- CIIVISE (2023). Le rapport public de 2023.
https://www.ciivise.fr/le-rapport-public-de-2023
Association Française pour l’Information Scientifique (AFIS).
Citation de Freud dans une lettre à Fliess datée du 3 octobre 1897.
https://www.afis.org/
- Articles de presse généraliste (Le Monde, Elle, Canard enchaîné)
- Mauger, B. (15 février 2023).
Caroline Goldman, psychologue : « J’ai vu arriver dans mon cabinet des parents sains et structurés, victimes de désinformation sur la parentalité positive ».
Le Monde. - Vincent, C. (16 janvier 2020).
Abus sexuels : Françoise Dolto, à l’épreuve du doute.
Le Monde. - Le Canard enchaîné (8 janvier 2020).
Édition consacrée à la controverse autour des positions de Françoise Dolto sur l’inceste et les violences familiales. - Elle.
Comment rendre son enfant heureux ? Article sur le dernier ouvrage d’Aldo Naouri. - Elle (25 avril 2005).
Entretien avec Marcel Rufo.
- Articles, tribunes et analyses critiques (psychanalyse, éducation, violences)
- Van Rillaer, J. (2017).
Le complexe d’Œdipe : (1 à 3) Version orthodoxe et versions dissidentes.
Blog de Jacques Van Rillaer, Mediapart.
(doublon supprimé) - Van Rillaer, J.
Le complexe d’Œdipe : (1) Version populaire et version freudienne.
Mediapart. - Ramus, F.
Connaissez-vous Françoise Dolto ?
Site Ramus Méninges. - Le Monde à travers un regard.
En psychanalyse : lutte contre l’inceste et la pédocriminalité.
https://lemondeatraversunregard.org/…/ - OVEO.
Lettre ouverte à Aldo Naouri et Marcel Rufo.
- Rosanna Méligne (1999).
La fessée, ce besoin de punition.
Journal de la Psychanalyse, n°5, octobre–novembre 1999.
- Regard conscient.
Punir au nom d’Œdipe.
Article paru initialement dans :
Dumonteil-Kremer, C. (2003). Élever son enfant autrement, ressources pour une éducation alternative. La Plage.
http://www.regardconscient.net/…/0310puniroedipe.html
- Ouvrages et chapitres de psychanalyse contemporaine
- Goldman, C. (2022).
File dans ta chambre ! Offrez des limites éducatives à vos enfants.
Paris : Dunod. - Faure-Pragier, S. (1999).
Le désir d’enfant comme substitut du pénis manquant : une théorie stérile de la féminité.
In Schaeffer J. et al., Clés pour le féminin. Paris : PUF. - Halmos, C. (2005).
Le « chant des sirènes » du « co-sleeping ».
Spirale, 34(2), 143–150. - Dolto, F. & Rufo, M. (1999).
L’enfant, le juge et la psychanalyste. Entretiens (tome 3).
Paris : Gallimard.
- Témoignages, entretiens et documents historiques
- Dolto, F.
Entretien publié dans Le viol du silence d’Eva Thomas,
ainsi que dans Le livre noir de la psychanalyse,
avec référence à la revue Choisir (1979). - Podcast – Caroline Goldman (avril 2023).
La psychopathologie psychanalytique.
Entretien par Charlie Hebdo.
- Allaitement et parentalité (sources spécifiques)
- Didierjean-Jouveau, S. C. (2016).
Allaitement maternel et sevrage : coupure ou transition ? - La Leche League France.
L’allaitement quand…
https://www.lllfrance.org/…/1158-70-lallaitement-quand
- Œuvres de Sigmund Freud (sources primaires)
- Freud, S. (2006).
Lettres à Wilhelm Fliess (1887–1904).
Paris : PUF, p. 344. - Freud, S. (1923).
Le Moi et le Ça. - Freud, S. (1939).
Moïse et le monothéisme. - Freud, S. (2003).
L’interprétation du rêve.
Œuvres complètes, vol. IV. Paris : PUF. - Freud, S., Koeppel, P., & Gribinski, M. (1987).
Trois essais sur la théorie sexuelle (vol. 11).
Paris : Gallimard.
