
Le Référentiel national qualité de l’accueil du jeune enfant : mérite-t-il une telle polémique ?
Le 2 juillet 2025, le Ministère des Solidarités a publié le Référentiel national de la qualité d’accueil du jeune enfant, un document officiel qui guide désormais les pratiques des professionnels du secteur.
Fruit de longs mois de travail collectif, ce texte affirme, pour la première fois en France, une vision de l’accueil fondée sur les connaissances scientifiques actuelles et le respect des droits de l’enfant.
Une véritable victoire pour toutes les personnes engagées au service des enfants.
En tant que membre du comité scientifique, j’ai eu la chance de contribuer largement à sa réalisation, avec mon double regard de scientifique et de psychologue de crèche.
Ce document, nous l’avons travaillé pendant des mois : nous l’avons annoté, complété, modifié, relu encore et encore.
Depuis sa publication, il fait l’objet de vives polémiques. À tort ou à raison ?
Avant toute chose, permettez-moi de vous le présenter.
Que contient ce Référentiel ?
Il s’agit d’un document de 55 pages, composé de fiches pratiques regroupées en différentes thématiques (émotions, sommeil…), à destination de tous les acteurs de la petite enfance en France : crèches, assistantes maternelles, PMI, élus, classes passerelles, etc.
Il est le fruit d’une collaboration entre plus de 2 000 professionnels, chercheurs, parents et institutions.
En quoi constitue-t-il une réelle avancée pour notre pays ?
Parce que les pratiques professionnelles qu’il promeut sont fondées sur les données scientifiques actuelles et respectueuses des besoins et des droits de l’enfant.
En France, c’est une première.
En voici quelques extraits :
« Les professionnels favorisent autant que possible une relation de proximité, d’empathie, de tendresse et d’affection avec l’enfant (…) sans crainte qu’il ne “s’habitue aux bras”. »
« Les pleurs ne sont jamais des caprices ou des tentatives de manipulation de l’enfant. »
« Lorsque l’enfant ne respecte pas les règles et interdits, la punition (paroles dévalorisantes, coin, isolement…) est proscrite par la loi ; elle est contre-productive et défavorable à l’enfant. »
« Le cadre n’a pas pour fonction de discipliner l’enfant mais de le sécuriser. »
« [Le doudou ou la tétine] peut rassurer l’enfant, mais n’a pas pour vocation de le consoler lorsqu’il est en détresse.
L’émotion est un signal humain qui nécessite en premier lieu une réponse humaine : l’adulte cherche donc d’abord à consoler l’enfant par [un câlin] avant de lui proposer [le doudou ou la tétine]. »
« Les professionnels ne forcent pas l’enfant à goûter ce qu’il n’a pas envie de goûter et ne forcent pas l’enfant à finir son assiette. »
« Les enfants peuvent manipuler les aliments, manger avec les mains, expérimenter (ex. : la mie de pain dans l’eau). »
Ce référentiel repose sur un engagement collectif fort : offrir à chaque jeune enfant un accueil respectueux de sa dignité, de ses besoins fondamentaux et de ses droits, partout en France.
Concrètement, ce document peut servir de levier d’évolution des pratiques pour les professionnels, et d’outil d’appui pour les parents souhaitant faire valoir les droits de leur enfant dans un lieu d’accueil.
Ce Référentiel prône « l’idéologie positive » !
Depuis sa publication, le Référentiel a suscité débats, incompréhensions et idées reçues.
C’est parfaitement normal : un texte national de cette ampleur bouscule, interroge, questionne les habitudes… et parfois dérange.
Sans surprise, la psychologue Caroline Goldman s’y est vivement opposée, y voyant une « infiltration de l’idéologie positive » et nous reprochant, en substance, de proscrire la punition chez le jeune enfant.
Nous avons publié une réponse collective et argumentée afin de recadrer ce discours.
Sérieusement, n’existe-t-il pas, en 2025, dans le champ de la petite enfance, de combats plus essentiels à mener que celui de défendre la punition ?
Caroline Goldman continue ainsi de mobiliser son énergie pour dénoncer la non-violence éducative, en s’appuyant sur des arguments psychanalytiques, et non scientifiques.
Une telle réaction était prévisible, dans un pays où la psychanalyse demeure très influente et où persiste une culture encore largement défavorable aux droits de l’enfant.
Rappelons qu’il a fallu attendre 2019 pour que la France interdise les violences éducatives ordinaires, devenant ainsi le 56ᵉ pays à le faire, au terme de débats houleux et face à une population très réticente — révélant un retard culturel et politique important sur ces questions.
« Avec nos effectifs, ce référentiel est utopique ! »
Une autre critique, cette fois parfaitement légitime, a émergé du terrain :
« Avec nos effectifs, ce référentiel est impossible à appliquer tout le temps ! C’est utopique ! »
Cette réaction est très juste.
En réalité, ce Référentiel n’a pas vocation à être appliqué à la lettre, en permanence, mais à servir de guide, de cap, de direction.
Ce texte est :
- un socle commun,
- un outil d’appui,
- une boussole pour clarifier les pratiques,
- un soutien pour défendre la qualité d’accueil.
Et oui, il existe — et existera toujours — un décalage entre la théorie et la pratique.
Comment pourrait-il en être autrement ?
Face à ces questionnements, j’ai d’ailleurs décidé de lancer une formation dédiée à la prise en main du Référentiel sur le terrain, afin d’accompagner les équipes dans son appropriation concrète.
Conclusion
Je me réjouis profondément de la publication de ce Référentiel, qui constitue une première victoire en France pour les enfants.
À nous désormais de le faire vivre, collectivement, sur le terrain.
