
Être parent d’un enfant avec un TND : un quotidien parfois éprouvant
En mars 2025, une mère tue son petit garçon de 6 ans à Saint-Sulpice-des-Landes. Elle explique dans un courrier adressé à son conjoint qu’elle « n’en pouvait plus », qu’elle ne supportait plus les troubles du comportement de son fils, « que leur fille (âgée de 4 ans) souffrait trop » et qu’elle allait « partir avec lui » pour que sa sœur puisse enfin connaître « la tranquillité et la paix ».
Ce drame m’a profondément bouleversée. Il est abominable, inacceptable, et mes pensées vont avant tout vers cet enfant. Aucune souffrance, aussi intense soit-elle, ne peut justifier un tel acte. Et pourtant, je pense aussi à cette mère. Non pour excuser. Mais pour comprendre. Car cet acte dit quelque chose de la détresse extrême dans laquelle peuvent se trouver certains parents, confrontés jour après jour aux troubles du comportement de leur enfant. Une détresse qui s’installe progressivement, qui use, qui épuise. Une détresse trop souvent silencieuse et minimisée.
Rappelons qu’aujourd’hui, 1 enfant sur 6 naît avec un trouble du neurodéveloppement.
* Environ 5 % présentent un TDAH.
* 1 % ont un TSA (Trouble du Spectre de l’Autisme).
Cela représente des millions de familles, partout, dans nos écoles, nos immeubles, nos cercles proches. Des parents qui tiennent debout, parfois au prix de leur propre épuisement. Des parents qui anticipent en permanence, qui organisent tout autour des fragilités de leur enfant, qui absorbent les crises, les remarques, les incompréhensions.
Une recherche de 2024 met en évidence que les mères d’enfants présentant un TDAH rapportent fréquemment une fatigue émotionnelle intense et un profond sentiment d’épuisement. Une autre étude souligne que près d’un parent d’enfant ayant un TSA sur deux a déjà été confronté à des pensées suicidaires, et que 2,5 % ont fait une tentative de suicide dans l’année précédant l’enquête. Ces chiffres ne sont pas anecdotiques. Ils traduisent une réalité préoccupante.
Pourquoi tant de souffrance ? Parce que le parent peut vivre dans une tension constante : crises répétées, agressivité, troubles du sommeil, pression scolaire, conflits familiaux. Ce qui constitue un moment banal pour d’autres familles, faire les courses, aller au restaurant, participer à un anniversaire, peut devenir une véritable épreuve. À cela s’ajoutent les jugements de l’entourage (« tu l’as mal éduqué ! »), l’errance diagnostique, les rendez-vous reportés, les démarches MDPH longues et complexes, le sentiment de ne pas être entendu, parfois même le rejet.
Si vous voyez un enfant courir dans la rue pendant que son parent, en larmes, tente de le rattraper… Si vous voyez un enfant en pleine crise devant l’école, se taper violemment la tête sous le regard impuissant de son parent… Surtout, ne le jugez pas. Offrez-lui du soutien, de l’humanité. Vous n’imaginez pas un seul instant ce que peut être le quotidien de cet enfant, et celui de ses parents.
Pour rappel, le TDAH, tout comme l’autisme, n’est :
-
ni un manque d’éducation
-
ni un parent défaillant
-
ni un enfant « mal élevé »
Il s’agit d’une question de neurodéveloppement, avec une part génétique importante et des mécanismes cérébraux spécifiques. Ce n’est la faute de personne. Et pourtant, la culpabilité est partout. Elle s’insinue dans les regards, dans les mots et les silences.
À toi, parent d’un enfant avec un TDAH et/ou un TSA qui lis ces lignes. Sans doute vis-tu des moments éprouvants dans ta parentalité. Sans doute trouves-tu cela injuste. Pourquoi toi ? Pourquoi lui ? Peut-être te sens-tu parfois seul, incompris, épuisé. Sache que je t’admire profondément. Et que je t’envoie, personnellement, toute mon affection. Tu es un super-parent. Le parent extraordinaire d’un enfant extraordinaire. 💛
Pour aller plus loin :
Maskey, M., Warnell, F., Parr, J. R., Le Couteur, A., & McConachie, H. (2013). Emotional and behavioural problems in children with autism spectrum disorder. Journal of Autism and Developmental Disorders, 43(4), 851–859.
Merrill, R. M. (2009). Injury risk among children with attention-deficit/hyperactivity disorder. Journal of Attention Disorders, 12(5), 436–442.
