
Et si K-Pop Demon Hunters n’était pas si mauvais pour nos enfants ?

Avec 236 millions de vues au 26 août 2025, K-Pop Demon Hunters est devenu en quelques semaines le long-métrage le plus regardé sur Netflix, en seulement 91 jours.
Un succès massif, difficile à ignorer… et qui ne laisse pas les parents indifférents.
Beaucoup d’entre eux expriment des inquiétudes légitimes : tenues hypersexualisées, culte de la performance, omniprésence de l’apparence, pression sur l’image corporelle, en particulier pour les jeunes filles.
Ces critiques ne sont ni exagérées ni infondées. Elles s’inscrivent dans une vigilance nécessaire face aux contenus culturels consommés par les enfants.
Mais réduire K-Pop Demon Hunters à ces seuls aspects serait sans doute passer à côté d’une partie de ce qu’il raconte — et de ce qu’il produit chez les jeunes spectateurs.
Des héroïnes qui renversent les codes traditionnels
Une étude menée à Bali par l’Université d’Udayana met en lumière un point souvent négligé : le film renverse subtilement certains codes patriarcaux très présents dans les récits populaires destinés à la jeunesse. Ici, pas de princes à sauver, pas de jeunes femmes fragiles attendant d’être secourues. Rumi, Zoey et Mira sont des héroïnes actives, puissantes, solidaires, dont la force ne dépend ni d’un regard masculin ni d’un sauvetage extérieur.
Leur puissance repose avant tout sur la coopération, la loyauté et la confiance mutuelle — des valeurs rarement mises en avant dans les récits hyper-individualistes.
Des idoles plus humaines, donc plus accessibles
En Australie, le chercheur Adam Zulawnik (Université de Melbourne) souligne un autre aspect intéressant : ces idoles sont d’un nouveau genre. Elles ne sont pas infaillibles. Elles doutent. Elles échouent. Elles pleurent. Et c’est précisément cette humanisation qui favoriserait l’identification des jeunes spectateurs, la compréhension de leurs propres émotions.
Une expérience émotionnelle et sociale collective
En France, le professeur de psychologie sociale Laurent Bègue-Shankland (Université de Grenoble) met en avant un autre levier du succès du film : la musique. Les chants synchronisés, et notamment le titre Briller, joueraient un rôle central dans l’expérience des jeunes fans. La recherche en psychologie sociale montre que les activités rythmiques et chantées partagées renforcent le sentiment d’appartenance, l’empathie, la coopération et l’affirmation de soi. Autrement dit, le film ne se limite pas à un visionnage passif : il devient pour beaucoup d’enfants et d’adolescents une expérience sociale, parfois vécue en groupe, parfois rejouée, chantée, partagée.
Alors, mauvais film… ou opportunité éducative ?
Faut-il pour autant idéaliser K-Pop Demon Hunters ? Évidemment non. Comme tout produit culturel, il mérite d’être contextualisé, discuté et questionné avec les enfants. Mais peut-être gagnerions-nous à le regarder autrement : non pas seulement comme un contenu à surveiller, mais aussi comme un support de dialogue.
Et si, finalement, ce film n’était pas simplement « un mauvais film de plus » mais aussi un outil capable d’offrir à nos enfants des figures inspirantes et une expérience sociale structurante ?
Références :
- Putu Marvitta Adira Prastiwi & Nissa Puspitaning Adni (2025). Postmodern Feminism in the Movie K-Pop Demon Hunters. Jurnal Riset Rumpun Ilmu Bahasa.
- Article de l’Université de Melbourne :
https://pursuit.unimelb.edu.au/articles/k-pop-demon-hunters-continued-domination-redefines-streaming - Bègue-Shankland, L. (2025). KPop Demon Hunters : quand la musique est bonne pour le cerveau. Cerveau & Psycho.
