Adultomorphisme – Mais keskecé que ce gros mot ?

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L’adultomorphisme désigne notre fâcheuse tendance à interpréter les comportements des jeunes enfants comme s’il s’agissait de mini-adultes. Si la structure de ce mot paraît ultra complexe au premier abord (et donne un air très intelligent à celui qui le prononce !), sa signification, elle, est simplissime et concerne chacun de nous au quotidien, parents comme pros de la petite enfance !

Non, le petit humain n’est pas un adulte miniature !

L’adultomorphisme désigne notre fâcheuse tendance à interpréter les comportements des jeunes enfants comme s’il s’agissait d’adultes miniatures. On les qualifie de provocateurs, de pervers, de manipulateurs, de capricieux, de vicieux, de jaloux, de comédiens, de sadiques, de calculateurs… Et la liste est longue ! On oublie un point essentiel : même si le comportement d’un jeune enfant peut être en tous points identique à celui d’un adulte (c’est par exemple le cas d’un enfant qui tire la langue ou qui fait un clin d’œil), l’intention qui est derrière ce comportement sera profondément différente.

Le cerveau de l’enfant et celui de l’adulte sont incomparables

Pourquoi ? Car leurs cerveaux sont incomparables. Le cerveau de l’adulte, par sa maturité, possède des fonctions cognitives de haut niveau. Il est en capacité de comprendre des énoncés abstraits, de deviner ce que l’autre pense, de réguler ses émotions, de mener des analyses approfondies sur des situations, de se souvenir d’évènements passés, d’anticiper ce qui va lui arriver, etc. De son côté, le jeune enfant n’est pas autant équipé ! Si son cerveau a énormément de potentiel, il n’est malheureusement pas assez mature pour mobiliser toutes ces capacités cognitives. Il va lui falloir du temps, beaucoup de temps, beaucoup beaucoup de temps, pour arriver au même niveau que l’adulte (30 ans environ – oh que c’est long !).   

« Il est SADIQUE ! »

Souvent, quand je cherche à expliquer ce que signifie l’adultomorphisme au public, en formation ou en conférence, je partage une anecdote que j’ai moi-même vécue au sein d’une crèche en région parisienne. Alors que j’animais la réunion de l’équipe « des bébés », une professionnelle de l’équipe « des moyens » vient me solliciter. Elle s’écrie : « Héloïse, viens voir, il s’est passé quelque chose de dingue chez les moyens ! ». Intriguée, je la suis (et on interrompt la réunion). La collègue m’explique qu’il y a quelques minutes à peine, un petit garçon est monté à califourchon sur le dos d’une petite fille, à plat ventre sur le sol. Il a tiré ses cheveux avec sa main droite, a frappé sa tête au sol, et a regardé la professionnelle. « Et là, il m’a souri… Il est SADIQUE ! » me lance-t-elle, abasourdie. Silence de plomb. Je la regarde, bouche bée. Puis je lui réponds que non, que cet enfant n’est pas sadique (peut-être le sera-t-il ceci dit, mais il est encore trop tôt pour le savoir !). J’ajoute qu’il y aurait eu de quoi paniquer s’il avait été un bonhomme de 40 ans avec un cerveau mature et tout l’équipement cognitif qui va avec. Dans le cas d’un enfant de deux ans, on peut juste – à la rigueur – s’interroger sur l’origine de ce comportement.  

On tombe tous – plus ou moins – dans le panneau

Ce qui est curieux, avec cette histoire d’adultomorphisme, c’est que nous tombons tous dans le panneau. Quels que soient notre métier, notre âge, notre formation, notre qualification, notre expérience des jeunes enfants, notre culture, si on est un homme ou une femme… Cela ne change rien. Nous sommes prédisposés à inférer des intentions d’adulte aux jeunes enfants. Même si vous êtes persuadé(e) que la petite Louna ne vous provoque pas quand elle vous regarde dans les yeux, une partie de vous aura tendance à y croire quand même. Et plus vous serez fatigué(e), excédé(e), stressé(e), plus l’émotionnel prendra le dessus, moins vous serez rationnel(le) et plus vous risquez de tomber dans l’adultomorphisme.

La petite Louna de 18 mois n’est pas plus en capacité de provoquer un adulte qu’un lapin n’est en capacité de lire l’heure…

Mais au fait, d’où vient ce terme d’adultomorphisme ? Il est un dérivé de celui d’anthropomorphisme (« être humain » et « forme »), à savoir le fait d’attribuer des caractéristiques et des attributs de l’être humain à l’animal ou à des objets. C’est par exemple le cas du lapin blanc toujours en retard d’Alice aux Pays des Merveilles, de la sage Grand-Mère Feuillage de Pocahontas ou du joyeux chandelier de la Belle et la Bête ! Finalement, quand on pense que la petite Louna de 18 mois est en capacité de provoquer volontairement l’adulte, c’est comme si on estimait que le petit lapin blanc était en capacité de lire l’heure et d’avoir peur d’être en retard ! Vu sous cet angle, cela paraît soudainement plus irrationnel… Et pourtant ! On admet qu’un lapin puisse avoir une vision du monde et un mode de pensée différents des nôtres. Pourquoi avons-nous alors tant de mal à nous dire que la petite Louna de 18 mois puisse, elle aussi, avoir une vision du monde et un mode de pensée différents des nôtres ? Le débat reste ouvert !

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