Les garçons, le sexe faible ?

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Retrouvez cet article publié dans la revue le Cercle Psy.

Troubles neurodéveloppementaux, retards de langage, comportements à risque… Sur de nombreux plans, les garçons cumulent les difficultés, comparés aux filles. Seraient-ils, aux yeux de la recherche scientifique, le réel sexe faible ?

 Les sociologues ont toujours perçu la femme comme le sexe faible. A diplôme égal, les femmes réussissent moins bien professionnellement que leurs congénères masculins : en plus d’être moins bien rémunérées (entre 7 et 21% de moins que les hommes), elles travaillent davantage à temps partiel subi et ont longtemps souffert d’un plus fort taux de chômage que les hommes. Pourtant, sur un plan scientifique, ce sont bel et bien les garçons – avec leur chromosome Y et leur testostérone sous le bras – qui ont bien plus de risques de défaillir.

Plus à risque de développer un trouble…

Enceinte, j’ai toujours eu peur d’avoir un garçon. « Mais pourquoi ?! », s’interrogeait mon entourage, interloqué. « Mais enfin, parce qu’ils sont bien plus à risque de développer un tas de troubles et de conduites à risque ! », leur répondais-je du tac au tac. En effet, un rapide tour d’horizon du sexe-ratio des différents troubles neuro-développementaux suffit à alimenter l’anxiété chronique des mamans-psychologues[1]. Le TDA/H (Trouble Déficitaire de l’Attention avec ou sans Hyperactivité) et le TSA (Trouble du Spectre de l’Autisme) touchent 3 à 4 fois plus les garçons que les filles. Les garçons sont plus touchés par les troubles des apprentissages, les troubles du langage, la dyslexie et la dysphasie. La schizophrénie, comme d’autres pathologies psychiatriques, touche aussi deux fois plus de garçons. Entre 15 et 25 ans, les garçons sont plus à risque d’avoir un accident de voiture et de se suicider, la mortalité des garçons est d’ailleurs trois fois supérieure à celle des filles à cette tranche d’âge[2]. La dépression maternelle perturbe quant à elle plus massivement le développement cognitif et affectif du bébé quand celui-ci est un garçon, l’exposant davantage à un trouble de l’attachement. Les évènements traumatiques ont, de manière générale, plus d’impact sur les garçons que sur les filles. Allan N. Schore, psychologue américain et chercheur en neuropsychologie et en neurosciences affectives, souligne que « pour certaines pathologies mentales ou addictions, le sexe est plus prédictif que n’importe quel facteur car la spécificité masculine persiste, quelle que soit la culture »[3].

… et d’être en échec scolaire

A l’école, la vulnérabilité des garçons se cristallise de plus belle. L’historien Pierre Caspard souligne que les meilleurs résultats scolaires des filles se constate depuis déjà plus d’un siècle, notamment en ce qui concerne le maniement du langage et l’orthographe[4].  Deux fois plus de garçons que de filles quittent le système scolaire sans diplôme, ou uniquement avec le brevet.  Tandis que 12% d’entre eux entrent avec minimum une année de retard en classe de 6ème, soit un tiers de plus que les filles. Les difficultés scolaires des garçons s’observent très tôt, dès l’apprentissage de la lecture, et ce tout au long de la scolarité, de la maternelle à l’université. Jean-Louis Auduc, historien et auteur de « Ecole : la fracture sexuée »[5] constate que les élèves qui sont en échec scolaire alors que leur milieu d’origine est aisé – et donc propice à la réussite – sont quasi exclusivement des garçons. A l’inverse, les élèves qui réussissent à l’école alors que leur milieu d’origine est défavorisé sont plus souvent des filles… Sylvie Ayral, docteur en sciences de l’éducation, souligne que 80% des punitions au collège sont attribuées à des garçons (notons au passage que la punition est un signe valorisé de virilité pour la gent masculine, à cet âge). Pourquoi de telles différences ?

Un organisme plus fragile

Des équipes de recherche en sociologie, en sciences cognitives, en neurobiologie et en endocrinologie tentent d’expliquer pourquoi le seul fait d’être un garçon constitue en soi un facteur de risque. Plusieurs hypothèses se complètent. L’hypothèse culturelle, tout d’abord. Du fait des nombreux stéréotypes de genre (« un garçon, c’est plus fort qu’une fille et ça ne pleure pas, voyons ! »), les petits garçons recevraient moins de soutien et d’affection que les filles. On estimerait qu’ils en ont moins besoin, qu’ils sont moins fragiles. Selon le biochimiste William Frey, le fait que les hommes n’aient pas la possibilité de pleurer à satiété et donc de se libérer de leurs molécules de stress (que l’on retrouve dans les larmes) les exposerait à davantage de troubles liés au stress – telles que les attaques cérébrales et les crises cardiaques. Certaines recherches estiment que la testostérone, hormone masculine par excellence, favoriserait les comportements agités et impulsifs (des travaux ont d’ailleurs souligné que les filles ayant été exposées à un excès de testostérone pendant la vie fœtale avaient un comportement plus agité). La testostérone aurait de plus tendance à diminuer les réponses immunitaires de l’organisme et à l’exposer aux attaques virales tandis qu’à l’inverse, les œstrogènes boosteraient l’immunité. Au final, cette vulnérabilité des garçons résulterait donc de l’intrication complexe de facteurs biologiques et sociétaux.    

A lire !

Stéphane Clerget (2015). Nos garçons en danger ! Ecole, santé, maturité. Pourquoi c’est plus compliqué pour eux et comment les aider. Flammarion.

Alix Leduc (2017). Elever un garçon, mission (im)possible ! Editions Leduc.

Gaëlle Guernalec (2017). Les garçons, plus fragiles, plus à risque. Site GYNGER


[1] Que le lecteur empathique que vous êtes se rassure : j’ai finalement eu deux filles !

[2] Source : Troubles mentaux Dépistage et prévention chez l’enfant et l’adolescent. Rapport établi à la demande de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie des travailleurs indépendants (CANAM). Expertise Collective. INSERM

[3] Allan N Schore (2017). All our sons : the developmental neurobiology and neuroendocrinology of boys at risk. Infant Mental Health Journal. Vol 38, Issue 1.

[4] Pierre Caspard (2007). À quoi tient la supériorité des filles ? Contribution à l’analyse historique d’un problème. Histoire de l’éducation, p.115-116.

[5] Fabert, 2016

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