Est-ce une bonne idée de plonger les enfants dans l’obscurité à la sieste ?

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OUI – « En pleine lumière, non seulement les enfants auraient bien plus de mal à s’endormir mais en plus, ils se réveilleraient à la moindre mouche qui pète »  

NON – « Une sieste dans l’obscurité risque de brouiller le cerveau des enfants et de perturber leur endormissement le soir à la maison (de quoi avoir, sur le dos, le syndicat des parents à bout de force) ! »

Réponse : BOF BOF. Afin de favoriser l’endormissement et le sommeil des enfants la nuit, il est essentiel qu’ils soient exposés à la lumière du jour tout au long de la journée et notamment lors de la pause post-méridienne. Lors d’une sieste dans l’obscurité, le cerveau de l’enfant va sécréter de la mélatonine – alors que ce n’est pas le moment – ce qui risque de mettre le bazar dans le rythme circadien du bambin.   

Pourquoi est-il préférable de faire dormir les enfants à la lumière du jour plutôt que dans la pénombre ?

La lumière du jour joue un rôle clé dans le bon timing de leur rythme biologique. La lumière naturelle est ce que les chronobiologistes appellent un donneur de temps, un signal puissant qui indique à notre organisme le temps qui passe, s’il fait jour ou s’il fait nuit, si c’est le matin ou la fin de journée. La lumière du jour un synchronisateur majeur de nos rythmes circadiens[1]. Ce qui veut dire que c’est elle qui va générer, ou non, la sécrétion de telle ou telle hormone par exemple. Ça ne rigole pas du tout !

Dans l’obscurité, le cerveau – pas très futé – va croire qu’il fait nuit et va sécréter de la mélatonine. En journée, la lumière du jour va naturellement inhiber la sécrétion de la mélatonine, l’hormone de l’obscurité par excellence[2]. Mais voilà, quand l’organisme de l’enfant est plongé dans l’obscurité durant toute une sieste, son cerveau pense qu’il fait nuit. La mélatonine est alors sécrétée et les signaux sont brouillés : « Je comprends plus rien les gars, c’est la nuit ou le jour ?! Qui a fermé les rideaux ? » râle l’épiphyse en charge de sécréter la mélatonine.

Le rythme biologique des enfants risque va être chamboulé (tout comme celui de l’adulte qui est en surveillance de sieste d’ailleurs !). La mélatonine, qui devait commencer à être synthétisée à la tombée du jour, risque d’être sécrétée en décalé, venant rendre plus difficile l’endormissement des enfants le soir et de nuire à la qualité de leur sommeil la nuit. Au-delà de la régulation de leur sommeil, la bonne synchronisation de leur horloge interne joue un rôle clé dans leur santé, leur cycle hormonal et leur système immunitaire. En gros, quand l’horloge interne est perturbée, c’est tout le métabolisme des enfants qui risque d’être déréglé !   

Comment ça se passe, concrètement, quand l’enfant est plongé dans  l’obscurité pendant la sieste ?

Première étape : l’œil de l’enfant perçoit un signal lumineux de très très très faible intensité (en pleine journée, c’est bizarre !). La rétine de l’enfant, et plus particulièrement les cellules ganglionnaires rétiniennes[5], traitent et prennent en charge ce signal lumineux via un genre d’appareil photo de l’œil hyper performant appelé un « photorécepteur ».

Deuxième étape : ce signal lumineux est transmis à l’horloge interne[6].

Troisième étape : après plusieurs relais, ce signal lumineux finit son chemin dans sa copine la glande pinéale qui sera chargée de sécréter la mélatonine, selon l’intensité de ce signal lumineux (certains chronobiologistes considèrent d’ailleurs la mélatonine comme l’aiguille de l’horloge !).

Quatrième et dernière étape : le signal lumineux étant très faible, trop faible, la mélatonine – l’hormone de l’obscurité par excellence – est alors secrétée… Alors qu’il est un peu plus de midi et que le soleil est au plus proche du zénith, à mi-chemin entre l’aube et le crépuscule !

Le rythme circadien, c’est quoi ce machin ?

Aucun rapport avec le cirque (dommage !). Un rythme circadien est un cycle composé de 24 heures qui regroupe les processus biologiques de notre merveilleux corps : le cycle veille-sommeil (c’est le plus connu) mais aussi la variation de notre température corporelle ou encore notre taux de cortisol. Ces dernières sont aussi sont cycliques que l’alternance jour-nuit, c’est-à-dire que leur niveau monte et descend de manière prévisible et régulière sur une même journée de 24 heures. Par exemple, la mélatonine commence à être sécrétée en milieu de soirée à mesure que la luminosité diminue et atteint son pic entre 3 et 4 heures du matin. Le cortisol, quant à lui, atteint son pic tous les jours, juste avant le réveil, entre 6 et 8 heures du matin (c’est grâce à lui que votre organisme trouve l’énergie de vous mettre debout pour aller exercer votre beau métier !).

A l’inverse, les rythmes ultradiens ont une période de moins de 24 heures (c’est par exemple le cas de l’alternance du sommeil paradoxal et sommeil lent). Tandis que les rythmes infradiens ont une période de plus de 24 heures (c’est par exemple le cas de notre formidable et mémorable cycle menstruel, mesdames !). 

Entre nous, s’éclairer la nuit, ce n’est pas non plus l’idée du siècle…

A l’inverse, de nombreuses recherches se sont penchées sur l’impact néfaste de la lumière durant la nuit sur notre niveau de mélatonine et, à plus grande échelle, sur notre métabolisme et notre santé. Une étude datant de 2013[3] a souligné qu’une heure d’exposition à la lumière des écrans n’affectait pas le niveau de mélatonine de manière significative. En revanche, au-delà de deux heures, le niveau de mélatonine était réduit de 22% environ, un taux qui correspond à une exposition à la lumière du jour. Dans ce cas précis, le rythme circadien a évolué d’un état de somnolence (comme il est prévu la nuit) à un état anormal d’alerte (comme il l’est habituellement la journée). Selon une étude publiée en 2014 dans l’American Journal of Epidemiology, dormir avec une lumière la nuit peut entraîner un risque de surpoids[4]. D’autres recherches ont constaté une association entre l’éclairage nocturne et un risque accru de dépression et de cancer. Le travail de nuit (impliquant un éclairage et une activité réservés habituellement à la journée) serait d’ailleurs classé par le Centre International de la Recherche sur le Cancer (le CIRC) comme « probablement cancérigène ».

CONCLUSION : Pendant la sieste, vous pouvez simplement tirer les rideaux (pour éviter tout de même que l’un des petits humains se prenne un rayon de soleil dans la rétine) sans occulter complètement la lumière du jour… !


[1] Vous avez froncé les sourcils à la lecture du mot « circadien » ? Alors filez lire l’encadré « Un rythme circadien, c’est quoi ? » que je vous ai concocté !

[2] Pour en savoir plus sur cette hormone, rendez-vous dans l’encadré de ce chapitre qui lui est dédié !

[3] Wood, B. and al. (2013). Light level and duration of exposure determine the impact of self-luminous tablets on melatonin suppression. Applied Ergonomics, 44, 2, 237-240.

[4] Emily McFadden, Michael E. Jones, Minouk J. Schoemaker, Alan Ashworth, Anthony J. Swerdlow, The Relationship Between Obesity and Exposure to Light at Night: Cross-Sectional Analyses of Over 100,000 Women in the Breakthrough Generations Study, American Journal of Epidemiology, 180, 245-250.

[5] N’hésitez pas à ressortir cette notion-qui-donne-l’air-intelligent lors d’un prochain repas de famille pour faire sensation auprès de votre belle-mère 😉

[6] L’horloge interne est localisée dans les noyaux suprachiasmatiques de l’hypothalamus antérieur – en gros, quelque part dans notre cerveau !

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