Les psys vus par les… enfants !

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Retrouvez cet article publié dans la revue Le Cercle Psy.

« Magicien », « dames des secrets », « archéologue », « docteur de pâte à modeler » : voilà comment les enfants voient leurs psys…

Emilie*, psychologue, témoigne : « Quand il avait 5 ans, mon fils m’a dit un jour : « – Ça y est, je sais ce que je veux faire quand je serai grand ! – Super, dis-moi, lui ai-je répondu. – Psychologue ! [Petit moment de fierté. Il veut faire comme sa maman, me suis-je dit. Avant qu’il n’ajoute] – Comme ça on sera tous les deux à ne rien faire ! ». Si la profession de psychologue suscite, dans notre esprit d’adulte, une multitude d’images, de pensées, voire (surtout) d’idées reçues, chez l’enfant, c’est une autre paire de manches. Le terme de psychologue demeure à leurs petits yeux une profession au nom particulièrement alambiqué et au rôle profondément abstrait. « Une profession doit être expérimentée pour être comprise d’un enfant.

Le fait que le psychologue ait un nom difficile à prononcer ne facilite pas les choses et rend la profession encore plus floue ! » précise Josette Serres, docteure en psychologie du développement, ingénieure de recherche au CNRS, spécialisée dans le développement cognitif du nourrisson, co-auteur de « Petite enfance : (Re)construire les pratiques grâce aux neurosciences » (Chronique Sociale, 2015). Laurianne*, psychologue, partage le fruit de son premier échange avec un petit patient de 7 ans : « – Tu sais ce que c’est un psychologue ? – Non ! Lui répond-il. Donc faut que tu me dises ce que je dois faire sinon on va perdre du temps ! ».

Un docteur pas comme les autres

L’étiquette de « docteur » est, de loin, celle qui revient le plus souvent dans la bouche des enfants et, sans doute aussi, dans celle de leurs parents. Caroline Davanzo, psychologue clinicienne exerçant en crèche et à domicile en Seine-Saint-Denis (93), nous confirme : « les plus jeunes d’entre eux me voient au départ comme un genre de docteur. Quand ils me demandent « est-ce que t’es docteur ? », je leur réponds que je soigne les bobos que l’on peut avoir dans la tête quand on est triste, malheureux, anxieux… ». Pour autant, « la perception de l’aspect curatif du psychologue nécessite une grande expérience du monde des adultes. Progressivement, l’enfant comprendra que certains adultes soignent les bobos du corps tandis que d’autres s’attellent aux bobos de l’âme. L’identification des problèmes organiques est déjà compliquée pour l’enfant alors celle des problèmes psychologiques, n’en parlons pas ! » souligne Josette Serres. Qu’on se le dise, si les adolescents témoignent d’une meilleure compréhension du métier, la tâche n’est pas plus mince pour autant. Marion*, psychologue, nous raconte qu’à la question « Est-ce que tu sais en quoi consiste mon travail ? », un adolescent lui répond : « Bah oui, t’es psy, avec toi on parle et tu nous aides. Mais t’sais, moi, j’veux pas qu’on m’aide ! ».

Un adulte qui sait garder les secrets

Céline Simon-Schecroun, psychologue clinicienne en libéral sur Paris et enseignante à l’institut de psychologie de Paris Descartes, précise bien à l’enfant que «  tout ce qui se dira ici, restera ici », qu’elle ne le répètera pas, « même pas à ses parents ». Si l’aspect curatif du psychologue est difficilement perceptible pour les plus jeunes, la perspective du secret professionnel est, quant à elle, particulièrement bien saisie. « Souvent, les enfants sont étonnés qu’avec moi, ils peuvent avoir de vrais secrets, dire des choses sans que cela ne soit répété à papa ou maman. Ils comprennent généralement assez vite ce principe de confidentialité, le deal d’entrée de notre relation » témoigne Caroline Davanzo. Sophia*, psychologue, nous raconte : « un patient de 10 ans avait supplié sa mère de venir voir une « dame des secrets »… Ce qui est devenu mon surnom depuis qu’il vient me consulter ! ».

Un adulte qui occupe une place dans le cœur de l’enfant

Une fois la relation thérapeutique amorcée, il n’est pas rare que le psychologue occupe une place-clé dans la vie et le cœur de l’enfant. « S’il est compétent, bienveillant et suffisamment à l’écoute, le psychologue va entrer dans le cercle des personnes de confiance. L’enfant aura envie de lui confier des choses, sans pour autant avoir conscience d’aller mieux » note Josette Serres. Caroline Davanzo explique justement avoir la sensation d’être perçue par les enfants comme « une personne à mi-chemin entre l’adulte aidant et l’ami, celui qui leur consacre une attention particulière, rien que pour eux ». Selon la théorie de l’attachement, si l’enfant est sécure, ce nouvel adulte qui répond au nom de psychologue (ou PISIchologue ou SPIchologue pour les plus créatifs…) devrait lui paraître sécurisant.

A l’inverse, s’il n’est pas sécure, le lien de confiance peut être plus difficile à créer et l’enfant s’engagera dans le cabinet du psychologue avec une certaine résistance, plus ou moins vive. « Dans ce cas, n’importe quel adulte extérieur à son cercle risque de lui faire peur d’emblée, qu’il s’agisse de l’ouvrier qui fait des travaux chez lui, du voisin de palier qui vient frapper à la porte ou du psychologue qui le reçoit en consultation… Il n’y a plus qu’à espérer que le psychologue soit compétent et qu’il aide l’enfant à dépasser cette résistance pour s’engager dans une relation de confiance ! » relève Josette Serres. Pour favoriser la création de ce lien de confiance, Alexia Dudouet, psychologue clinicienne au sein d’une unité d’oncologie à l’hôpital Simone Veil de Montmorency, a coutume, lors de la première consultation, de montrer à son jeune patient les dessins exposés au mur en lui expliquant que d’autres enfants, comme lui, sont déjà venus ici.

Un adulte à qui l’enfant manifeste son attachement

Ceci dit, si le contexte d’attachement est favorable, le psychologue peut très rapidement devenir une figure d’attachement secondaire pour l’enfant. Les manifestations de cet attachement, multiples, sont variables d’un petit patient à l’autre : « je suis actuellement à domicile une petite fille qui, dès que je commence à ranger mon stylo (signe annonciateur de la fin de la consultation), m’empêche de partir en bloquant la porte. Au même moment, elle me demande de trouver le code secret ! Par ailleurs, quand arrive la dernière séance, certains enfants inventent tout et n’importe quoi pour me garder auprès d’eux. Manifestement, il leur est difficile de me laisser partir… » témoigne Caroline Davanzo.

Gabriela Bustos Gallardo, psychologue clinicienne en cabinet sur Paris et au sein du CMPP de Suresnes, mentionne des « cadeaux, des petites cartes, des dessins pleins de cœurs ou tout simplement un « merci » chuchoté au moment de se dire au revoir… » Elle ajoute : « Un jour, un enfant de 10 ans – que je suis depuis 2 ans – m’a dit : « tu sais, moi, je pense que je vais venir longtemps te voir… – Ah bon ? Et qu’est-ce qui te fait dire ça ? Lui ai-je demandé – Bah, j’aime bien parler avec toi, ça m’aide… Je vais venir jusqu’à mes 18 ans pour bien finir l’école ! ». Céline Simon-Schecroun témoigne à son tour : « les parents me rapportent souvent que leur enfant, lorsqu’il est en âge de le faire, parle de moi entre les séances, ce qui semble les rassurer ». Elle poursuit : « il est fréquent que les enfants veuillent partager ma vie : ils me demandent si j’ai des enfants, un mari, ils m’invitent à leur anniversaire… Il m’est aussi arrivé qu’une petite fille de 7 ans me crie « je te déteste ! » ce qui a été, dans son cas, très libérateur et bénéfique pour la poursuite de sa thérapie ».

Comment les psychologues expliquent leur métier aux enfants

Compte tenu du flou de leur profession, comment les psychologues se présentent-ils à leurs petits patients ? A ceux qui lui demandent en quoi consiste son métier, Caroline Davanzo leur répond : « mon super travail c’est de rendre les enfants plus heureux qu’ils ne le sont déjà. Généralement, cette réponse les fait sourire ! Ceci dit, ajoute la psychologue, certains enfants me considèrent toujours comme un genre de docteur puisque la semaine dernière, une petite fille que je suis depuis 6 mois m’a dit : « j’ai suivi ton ordonnance de câlins ! ». Céline Simon-Schecroum, quant à elle, se décrit comme la « dame des soucis », l’idée étant de « laisser dans cette pièce (son cabinet) tout ce qui lui est désagréable afin qu’il reparte plus léger, comme libéré ». Alexia Dudouet témoigne : « je rencontre régulièrement des enfants qui doivent faire face à la mort de leurs parents ou de leurs grands-parents. J’ai pour habitude de me présenter comme quelqu’un avec qui on peut discuter de ce que l’on pense car, des fois, il est plus facile de discuter avec une inconnue qu’avec sa maman ». Gabriela Bustos Gallardo se présente quant à elle comme la personne qui offre à l’enfant « un espace propre à eux, pour pouvoir dire ce qui se passe en eux, construire des choses, mais aussi détruire ce qui les gêne pour avancer ».

Quand les préjugés de l’adulte parasite le regard de l’enfant

Il n’est pas rare que la manière dont les adultes perçoivent le psychologue influence la propre représentation de l’enfant et freine ainsi la création du lien de confiance. « J’ai déjà entendu une enseignante chuchoter à son élève : « il faut dire la vérité au psychologue car il a le pouvoir de lire dans tes pensées !, se souvient Josette Serres. Rien de tel pour que l’enfant appréhende ce curieux et dangereux personnage qui risque de lui faire perdre son jardin secret ! ». Caroline Davanzo témoigne : « Il est arrivé, sur le lieu d’accueil enfant-parent où j’interviens, que les parents disent à leur enfant : « attention, si tu continues, Caroline va se fâcher ! » Je pense que certains parents démunis cherchent à poser des limites par mon intermédiaire… ». Céline Simon-Schecroum témoigne à son tour : « un enfant de 9 ans m’a dit une fois que j’étais la dame qui allait lui enlever ses peurs, ce que lui avait préalablement dit sa mère. Un autre m’a demandé si j’allais lire dans sa tête. Il m’est arrivé à plusieurs reprises qu’un enfant me demande si je suis une magicienne ». Gabriela Bustos Gallardo constate que la peur de rencontrer un psychologue est surtout présente chez les plus grands enfants et les adolescents chez qui le mythe du « psy c’est pour les fous » demeure très présent. Laurianne*, psychologue à la Réunion, a expérimenté cette même référence à la folie à des milliers de kilomètres de la métropole : « Alors que j’étais en stage, un patient de 10 ans qui bénéficiait d’un suivi depuis plusieurs mois avait lancé à sa psychologue (en créole) : « Madame, je ne suis plus taré, on peut arrêter maintenant ! » se souvient-elle.

Pas à pas, l’enfant construit sa propre représentation

Analyse de Josette Serres, docteure en psychologie du développement, ingénieure de recherche au CNRS, spécialisée dans le développement cognitif du nourrisson, co-auteur de « Petite enfance : (Re)construire les pratiques grâce aux neurosciences » (Chronique Sociale, 2015).

« La manière dont l’enfant perçoit une profession repose sur ses propres représentations du monde des adultes, sur des modèles connus qui vont constituer pour lui des sortes de points de repère. Or, dans l’entourage de l’enfant gravitent plusieurs types de professionnels tels que le pédiatre, le dentiste, la maîtresse d’école… Si c’est son pédiatre qui l’oriente vers un psychologue, l’enfant va avoir tendance à rattacher ce dernier à l’univers médical et considérer le psychologue comme un genre de docteur. En revanche, s’il s’agit de son enseignante, l’enfant est susceptible de le rattacher à l’univers scolaire : le psychologue sera un genre de maîtresse d’école avec qui on parle et on fait des dessins. D’ailleurs, le fait de rattacher le psychologue à l’un de ces deux modèles peut faire naître en lui quelques réticences : tandis que le docteur peut faire des piqûres douloureuses, la maîtresse d’école, quant à elle, soumet ses élèves à des évaluations et attribue parfois des mauvaises notes ! 

Parallèlement, se greffera à cette première représentation du psychologue la propre représentation des adultes, ou plutôt la manière (plus ou moins positive) dont ils lui auront présenté ce praticien. Après quoi sa perception s’affinera au fur et à mesure des visites : il se rendra compte que le psychologue n’est pas un docteur ; ni une maîtresse, mais quelqu’un d’autre, avec ses spécificités.

L’enfant ne peut pas avoir conscience que le psychologue peut l’aider sur le plan psychologique avant 7-8 ans, tout simplement parce qu’il n’a pas nécessairement conscience de ne pas aller bien. Avant cet âge, il risque de le percevoir comme un adulte qui s’occupe de lui, qui va le comprendre, quelqu’un en qui il peut avoir confiance. Imaginons qu’un enfant ait des difficultés de sommeil et que, depuis qu’il consulte un psychologue, ça se passe mieux. L’enfant ne fera pas forcément de lien entre ses nuits et les visites chez le psychologue »

Aux oreilles des enfants c’est un…

PYchologue

PISIchologue

SPYchologue

SIchologue

PTITE-chologue

Quelques mots d’enfants sur la profession de psychologue[i]

 « C’est un médecin de la tête, il fait des pansements invisibles pour guérir la tête des gens »

« Il relie les câbles du cerveau comme un plombier »

« Un PYchologue, ça fait rien de la journée, ça écoute les gens !»

« J’suis allée voir la PISIchologue »

« C’est celui qui soigne avec les mots, le docteur pâte à modeler, le docteur des soucis »

« Le SPYcologue, il fait dépleurer les gens ! »

« Mais ce que tu fais là de m’écouter comme ça, c’est ton vrai métier ? »

« Toi tu écoutes et tu caches tous les secrets des enfants dans ton bureau »

« Avec toi, on transforme le caca en chocolat ! »

« Toi, ton travail, c’est de penser à ce que les enfants pensent ? »

« Tatie, elle fait rien de la journée, elle écoute les gens »

« C’est un docteur pour parler »

« En fait tu relies les câbles du cerveau comme un plombier ? »

« Ah oui, toi tu vas me soigner avec les mots »

« Il faut des grandes oreilles comme les éléphants… Parce que ça fait beaucoup de choses à entendre… »

« T’es la tata des soucis. On te les dit et après ils sont plus dans notre tête »

« T’es un docteur à pâte à modeler »

« T’es archéologue tu cherches des trucs je crois »

« Mais ce que tu fais là à m’écouter comme ça, c’est ton vrai métier ou tu fais ça bénévolement ? »

« Toi tu écoutes et tu caches tous les secrets des enfants dans ton bureau »

 « T’as bien travaillé maman? T’as écouté les gens pleurer et après y zétaient plus triste? »

« Avec toi, on transforme tout le caca en glace en chocolat »

« T’es un peu le docteur des soucis »

« Ma maman elle fait des pansements invisibles pour guérir la tête des gens »

« On va chez le docteur qui parle ? »

« En fait, tu répares les cœurs… »

« Tu lis dans les cerveaux ? »

« J’aime pas venir te voir. Ça sert à rien mais je t’aime bien »

« Tu es le docteur des bobos de la tête… »

« En fait, ton métier ça sert à rien… Pourquoi tu fais ça ? »

« Ben c’est quoi ton métier de SYchologue ? C’est pour les fous ça ! »

« C’est pas une ptite-chologue, c’est une grande-chologue ! »

« T’es la dame qui nous aide à bien grandir »

« Tu m’as enlevé mes cauchemars de ma tête… En fait t’es une fée magique ! »

« Tu lis dans mes pensées. Tu m’as ensorcelé ! »

« Je note que le verbe « écouter » revient très souvent, ainsi que ce qui a trait au langage. L’écoute semble être le principal trait du psychologue, aux yeux des enfants. Je me questionne : si certains parents prenaient davantage le temps d’écouter leur enfant et de lui répondre quand il se questionne, cela ne pourrait-il pas remplacer des séances chez le psychologue ? » s’interroge Josette Serres.

* Témoignages recueillis sur internet, via la page « La psy contre-attaque »

[i] Un grand merci aux abonnés de la page Facebook « La psy contre-attaque » pour leurs précieuses contributions !

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