Comment décrypter la colère du tout-petit ?

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Retrouvez cet article publié dans la revue Vivre Mieux de Janvier/ Février 2017.

« Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaah ! » crie à pleins poumons Romane, 2 ans, lorsque son papa lui refuse une deuxième part de tarte. Au cœur du repas de famille dominical, la petite fille se roule par terre sous le regard désarmé de ses parents. « C’est un caprice ! C’est de la comédie ! Il faut sévir ou bien vous risquez d’en faire un enfant-roi ! » s’écrie belle-maman. Taratata ! Et s’il s’agissait simplement de la réaction explosive à un besoin insatisfait ? Et si, dire qu’un enfant fait un caprice n’était qu’un jugement abusif de la part de l’adulte, la manifestation d’un adultomorphisme ambiant ?

En une quinzaine d’années, les recherches en neurosciences ont largement bousculé notre manière de considérer le jeune enfant : il n’est plus perçu comme un petit tyran, mauvais par nature, qu’il faut (re)dresser à tout prix mais comme un jeune être humain vulnérable, immature, en cours de développement. En effet, si les jeunes enfants font de telles colères, c’est parce que leur cerveau préfrontal n’est pas assez mature pour réguler leurs émotions et apaiser leurs réactions vives. De plus, avant l’âge de 3/4 ans, leur cerveau émotionnel et archaïque prédomine (celui qui permet aux mammifères de survivre et d’affronter les dangers de leur environnement). Ainsi, lorsque l’un de ses besoin fondamentaux d’affection, d’attention, de tendresse, de manger ou de dormir n’est pas satisfait, le tout-petit est plongé malgré lui dans un état d’alerte duquel émerge une émotion forte. Chaque colère est alors vécue par l’enfant comme une explosion émotionnelle incontrôlable et particulièrement éprouvante.

En tant qu’adulte, comment réagir à de tels comportements ? Les recherches ont révélé que les maltraitances émotionnelles affligées à l’enfant (l’humilier, lui crier dessus, lui faire honte, le menacer, le punir) venaient freiner la maturation de son cerveau affectif. A l’inverse, toutes les pratiques empreintes d’humanité, d’empathie et de tendresse viennent encourager la maturation de son cerveau et l’aider ainsi, jour après jour, à mieux réguler ses émotions. Dans cette dynamique, l’éducation autoritariste de nos grands-parents a laissé place à une éducation positive, dont voici les trois ingrédients incontournables :

-Identifiez quels besoins insatisfaits se cachent sous cette colère

-Si la moutarde vous monte au nez, levez le pied : isolez-vous ou prenez le temps de respirer, de compter jusqu’à 10. L’objectif ? Vous déconnecter de vos émotions et vous reconnecter à votre raisonnement

-Quand vous sentez votre enfant nerveux, prêt à exploser à la moindre contrariété, rechargez son réservoir d’affection en lui faisant un câlin et en le valorisant

Au final, la meilleure manière d’accompagner votre enfant sur les chemins de la raison est… de lui montrer l’exemple ! Commencez par maîtriser vos propres émotions et, si jamais vous êtes vous-même en colère, ne cédez pas à un comportement explosif. Bref, « fais ce que je fais, et non pas que ce que je dis ! »

 

Publié par Héloïse Junier

Qui suis-je ? Une psychologue intrépide et multicasquette : intervenante en crèche, journaliste scientifique, formatrice, conférencière, doctorante, auteur et blogueuse. Ah oui, et maman aussi (ça compte double, non ?). Mes passions ? L'être humain (le petit mais aussi le grand), les rencontres, le fonctionnement de notre cerveau, l'avancée de la recherche mais aussi l'écriture, le partage et la transmission. Parallèlement à ma pratique de psychologue en crèches et à mon aventure de doctorante à l’université, j’anime des formations et des conférences pédagogiques à destination des professionnels de la petite enfance. Mon objectif ? Revisiter les pratiques à la lumière des neurosciences, tordre le cou aux idées reçues transmises de générations en générations, faire le pont entre la recherche scientifique et le terrain.

4 commentaires sur « Comment décrypter la colère du tout-petit ? »

  1. Bonjour Héloïse pouvez vous me dire où me renseigner pour pouvoir aller à des colloques sur la parentalité positive .merci d avance et merci pour votre blog qui donne beaucoup de conseils

    1. Bonjour,
      Je n’ai malheureusement pas en tête de colloques qui portent sur la parentalité positive. Le mieux reste de demander aux villes ce qu’elles proposent en termes de conférences-débats pour les familles. Qui sait, si vous êtes plusieurs à demander, peut-être qu’un tel événement pourrait être organisé !

  2. C’est quand même plus facile à dire qu’à faire, surtout que personnellement ce n’est pas une crise de nerf ou un semblant de caprice que j’ai dû calmer, mais une attitude frénétique à désobéir à une injonction donner de ne pas toucher, tel ou tel objet fragile, dangereux ou pointu.

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