Comment l’aider à bien dormir ?

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Retrouvez cet article publié dans la revue parentale Infobébés de janvier-février 2015.

Les difficultés de sommeil du tout-petit constituent l’un des principaux motifs de consultations chez le médecin. Et pour cause, un bébé qui ne dort pas plonge les parents dans un cercle infernal marqué par la fatigue et le stress. Comment y faire face ?

Il est 4h37 du matin. Une fois n’est pas coutume, votre petite Marie, 18 mois, vient de nouveau de se réveiller. Elle hurle dans son lit, à en faire vibrer sa cage thoracique et frissonner les voisins. Votre mari, lui, demeure imperturbable, confortablement blotti dans les bras de Morphée. Vous soupirez… D’un air las et défaitiste, vous décidez de vous lever, les valises sous les yeux, la tête baissée et les cheveux en bataille. Une fois devant le lit de votre princesse, vous hésitez pour la marche à suivre : dois-je la prendre dans les bras et la bercer, au risque de sacrifier ma prochaine heure de sommeil ? Dois-je la laisser pleurer et équiper, mes voisins et moi-même, des meilleurs bouchons d’oreilles jamais conçus ? Dois-je lui concocter un maxi biberon qui l’aidera à se rendormir, au risque qu’elle prenne une mauvaise habitude ? La solitude momentanée et l’incroyable épuisement engourdissent votre pensée. Finalement, vous décidez de la coucher dans votre lit. Tant pis si votre belle-mère, qui finit par tout apprendre, s’y oppose férocement. Vous n’aurez qu’à éviter le prochain repas de famille et en profiter pour vous octroyer une grasse matinée réparatrice. 5h05 du matin : vous voilà à deux doigts de rêvasser avec nostalgie à cette époque où vous n’aviez pas d’enfant, libre de dormir sans compter ! A demi-mot, vous marmonnez : « Il est clair que ceux qui utilisent l’expression « dormir comme un bébé » ne peuvent être que des gens qui n’en n’ont pas ! »

S’endormir, c’est passer d’un monde à l’autre !

Tout ce qui tourne autour du sommeil, de l’enfant comme celui de l’adulte, nous fascine, nous interroge, nous subjugue. En effet, il a la particularité d’être terriblement incontrôlable et, paradoxalement, d’occuper une place on ne peut plus centrale dans nos vies ; nous qui passons près d’un tiers de notre existence à dormir ! Pour autant, pour un jeune enfant, comme pour certains adultes, il n’est pas toujours simple de s’endormir. Pourquoi ? Car s’endormir inclut plusieurs étapes franchement pas folichonnes. Tout d’abord, s’endormir c’est se séparer. Se séparer de vous, sa maman, mais aussi de son papa, de ses frères et sœurs, de Médor ou de Cacahouète, ses fidèles compagnons. Cela implique aussi et surtout de quitter un monde animé, entouré, lumineux, où des personnes rient, courent, chantent, à un monde obscur, solitaire et mystique – la chambre à coucher – où l’enfant se retrouve dans le noir, seul, face à ses angoisses, ses rêves voire ses cauchemars. Autant dire qu’une telle perspective est peu affriolante pour un enfant !

« A chaque fois que j’invite du monde à la maison, c’est le même scénario. Mathéo fait une scène pour aller se coucher. A présent qu’il sait marcher et ouvrir les portes, il n’arrête pas de se lever : 1 fois, 2 fois, 5 fois, 10 fois, 15 fois. Je n’en peux plus ! Ca se termine toujours par des larmes et des cris. Ce qui jette un froid à tous les invités, et me fait en plus passer pour une mauvaise mère… A tel point que depuis quelques temps, je n’invite plus personne à dîner » témoigne Muriel, maman de Mathéo, 2 ans (Montreuil, 93). L’affaire est d’autant plus périlleuse que votre enfant n’a pas conscience de l’intérêt du sommeil pour sa santé psychique et physique. Contrairement aux adultes, il ne va pas se dire : « Allez, je sais que je m’amuse bien à cette soirée, en même temps, demain y’ a crèche ! Il faudrait surtout pas que je me couche trop tard sinon je ne serai pas en forme. Donc, que j’en ai envie ou non, quand faut y aller, faut y aller ! ». Eh non, même paré de la meilleure volonté du monde, le tout-petit, ancré dans le moment présent et focalisé sur la perte qu’aller se coucher implique, n’est pas en capacité d’une telle réflexion spontanée. Et non non non, il ne fait en aucun cas du cinéma, ni des caprices ! Considérer sa réaction comme illégitime risque de déboucher sur un rapport de force, et de retarder l’échéance du fameux dodo, tant la tension mutuelle sera palpable.

Favoriser ce passage entre l’état de veille et de sommeil

Le passage entre le monde de l’éveil et le monde du sommeil étant particulièrement ardu pour votre enfant, il vous faut l’anticiper, le bichonner, le cuisiner aux petits oignons. Votre objectif n°1 ? Fluidifier la transition entre l’état de veille et l’état de sommeil. Plus cette transition sera harmonieuse et spontanée lors de l’endormissement de 20h37, plus elle facilitera le « rendormissement » de 4h37 du matin. Pour ce faire, commencez par équiper votre boîte à outils de rituels du coucher, qu’il s’agira de répéter tous les soirs dans le même ordre, si possible à la même heure : le brossage des dents, le bisou, le câlin, le doudou, la petite histoire, etc. Ne pensez pas que ces rituels du coucher soient l’apanage des jeunes enfants ! En tant qu’adultes, nous avons tous nos petits rituels qui nous apaisent et nous prédisposent au sommeil. Faites le test : de retour d’une soirée entre amis, filez directement au lit, sans vous laver les dents, vous mettre en pyjama, embrasser votre moitié et/ ou lire un extrait de votre roman préféré. Vous pouvez être certaine que, sans vos rituels qui vous mettent dans de bonnes conditions, votre endormissement sera bien plus rude ! Idem pour les petits.

L’heure de l’endormissement approche ? Anticipez ! Prévenez votre enfant qu’il va bientôt aller se coucher. Dès lors, éliminez toute source de (sur)stimulation dans son environnement : essayez de parler moins fort, voire de chuchoter, baissez les lumières du salon, interrompez toute activité trop physique, invitez votre enfant à se détendre avec un livre ou une activité relaxante. Si vous êtes vous-même nerveuse ou anxieuse, votre enfant, telle une éponge, le sentira et aura d’autant plus de difficulté à se laisser aller dans le sommeil. A vous de poser des limites fermement, mais sereinement. Bien entendu, éteignez les jouets sonores et évincez toute présence d’écran au moins une heure avant le dodo. La luminosité de l’écran quel qu’il soit – télévision, tablette, téléphone, ordinateur, etc. –  inhibe sa sécrétion de mélatonine, l’hormone qui facilite son endormissement.

Quid des mauvaises habitudes à laisser de côté ?

Vous l’aurez sans doute remarqué, les spécialistes ne sont pas toujours d’accord concernant tel ou tel modèle éducatif. Et pour cause, il ne s’agit pas d’une science exacte, il n’y a pas de modèle absolu qui fonctionne à 100%. La manière dont vous accompagnez votre enfant dans le sommeil s’enracine dans votre propre petite enfance ainsi que dans votre culture. L’important est que vous soyez sereine, confiante et cohérente. Faut-il laisser pleurer son bébé ? Jadis, on conseillait aux parents de le laisser s’époumoner jusqu’à ce qu’il s’endorme par lui-même. Désormais, c’est l’inverse. Grâce aux études en neurosciences et en psychologie du développement, nous avons appris que les pleurs et les épisodes de stress trop répétés d’un tout-petit pouvaient altérer la maturation de certaines parties de son cerveau affectif.

De plus, moins on laissera un tout-petit pleurer jusqu’à ses douze mois, plus celui-ci sera confiant et moins il pleurera par la suite. Votre petite Janelle se réveille la nuit ? Tentez de la rassurer, sans la stimuler pour autant. Posez votre main sur son buste, sans lui parler, ni la prendre dans les bras. Si ses pleurs perdurent, à vous de la calmer dans vos bras et de la reposer dans le lit, encore éveillée, mais sereine. A moins que votre enfant ne soit malade (gastro ou fièvre par exemple), évitez de lui proposer un biberon la nuit ! Même si la digestion favorise son endormissement, cette prise de liquide tend à provoquer des réveils nocturnes et à interférer avec le cycle d’alimentation de la journée. Si c’est le cas, mieux vaut le « déconditionner », c’est-à-dire de changer ses habitudes, après l’avoir mis au courant, sachant qu’il est tout à fait normal que la transition soit difficile.

Par ailleurs, le fait de dormir avec son enfant n’est pas en soi une mauvaise habitude, même si elle a souvent été pointée du doigt par certains experts ! Dans de nombreuses sociétés traditionnelles, les mamans dorment avec leur bébé. Il est difficile de blâmer cette pratique, qui est avant tout culturelle.Toutefois, sachez que celle-ci multiplierait par cinq le risque de mort subite. Ainsi, avant de vous laisser aller au co-dodo si le cœur vous en dit, veillez à respecter les conditions de sécurité et à bien adapter votre lit en fonction de votre enfant. « Pendant longtemps, je n’ai jamais osé dire au pédiatre, ni aux professionnelles de la crèche dans laquelle était accueillie mon fille, que je dormais régulièrement avec ma petite puce. Je craignais leur réaction. En tant que parent, c’est tellement difficile de savoir quoi faire. Entre les avis – de l’entourage et des experts – qui sont tous différents, et la crainte du jugement, je suis perdue ! » confie Barbara, maman de Sabrina, 2 ans et demi (Gap, 05).

Dites-vous que toutes les péripéties de sommeil que vous vivez actuellement sont temporaires. Votre enfant étant en plein développement, son rythme de sommeil ne va cesser d’évoluer et de se transformer, jour après jour, phase après phase, acquisition après acquisition. Parfois dans le mauvais sens, souvent dans le bon sens ! Dans tous les cas, bien que vous soyez épuisée, armez-vous de patience jusqu’à la prochaine phase. Quitte à passer le relais. Et à vous reposer !

Quand faut-il s’inquiéter ?

« Les besoins de sommeil sont très variables d’un enfant à l’autre. Dans les grandes lignes, les normes, par tranche de 24h, sont de 16 à 17h après la naissance, de 14h vers un an, de 12 h vers 3 ans. Il est pertinent d’aller consulter lorsque l’enfant dort en dessous de ces normes et/ou qu’il présente de manière répétée les signes suivants : difficile à réveiller le matin, irritable, excité en journée, ou au contraire, somnolent, maladroit, le regard vague, se frottant les yeux, cherchant à se faire prendre dans les bras… »

Josette Joannic, médecin de crèche, Nogent-sur-marne (94).

Moins je dormais, moins il dormait

« Quelques temps après la naissance de mon fils, je suis passée par une phase très difficile. J’étais épuisée psychologiquement et physiquement. Mon patron me mettait la pression la journée, et mon fils se réveillait plusieurs fois par nuit. J’ai remarqué que plus j’étais stressée, moins je dormais, et plus mon fils se réveillait. Depuis, j’ai changé de travail et je me suis mise à 80%. Je ne sais pas s’il s’agit d’une simple coïncidence : mais je me sens plus détendue, et mon fils fait de belles nuits complètes ! »

Johanna, maman de Tony, 18 mois (Fontainebleau, Seine et Marne).

Cauchemar ou terreur nocturne ?

3 à 10% des enfants, principalement des garçons, seraient concernés par les terreurs nocturnes, bien moins fréquentes que les cauchemars. Pour autant, il est bien de les identifier. Tandis que le cauchemar survient en seconde partie de nuit, la terreur nocturne se produit davantage en première partie. L’enfant a les yeux grands ouverts, comme terrifié, il hurle et ne recherche pas le contact physique. Auquel cas, ne le réveillez pas mais restez à sa disposition, si besoin. Le lendemain, beaucoup d’enfants ne se souviennent pas de cet épisode.

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