Bonne nuit aux petits.. et grands !

Retrouvez cet article publié dans Éducation magazine (janvier-février 2012).

Nous dormons un tiers de notre vie. Ce qui signifie que lorsque nous avons 60 ans, nous avons pratiquement dormi 20 ans! Cette proportion nous sensibilise concrètement à la place prépondérante qu’occupe notre sommeil, et ce quels que soient notre nombre de printemps. Qu’en est-il alors des enfants et des adolescents pour qui la « croissance » constitue le maître mot ? Que leur apporte le sommeil ? Quelles sont les origines et les conséquences d’un  sommeil perturbé ? Et enfin, comment y palier ?

  • L’enfant de 6 à 10 ans : quand le marchand de sable ne passe pas !

Des besoins de sommeil bien spécifiques…

Le sommeil joue un rôle clé dans le bon développement de votre enfant. Son action est multiple: sécrétion des hormones de croissance, stimulation des défenses immunitaires, régénérescence des tissus, mémorisation des informations acquises au cours de la journée, récupération physique et psychique… Et la liste est longue! Les besoins de sommeil sont propres à chaque enfant. Or, contrairement à l’adulte, le sommeil de l’enfant est régi par ses parents. Un temps de sommeil insuffisant est susceptible de le priver de certaines activités nécessaires à son développement et à ses apprentissages. A l’inverse, un temps de sommeil supérieur à ses besoins risque de le frustrer et de lui faire développer un sentiment d’aversion à l’égard du sommeil. Une stratégie bien rodée vous permet alors d’avoir un aperçu de ses besoins: en période de vacances scolaires, relevez, pendant plusieurs jours consécutifs, ses heures d’endormissement et de réveil spontanés. La moyenne du nombre d’heures par nuit vous indiquera son besoin quantitatif de sommeil.

Quels signes d’alerte ?

Le sommeil de votre enfant peut être perturbé par des difficultés d’endormissement, des réveils précoces ou encore des parasomnies (cauchemars, somnambulisme…), manifestations traditionnellement bénignes qui ne deviennent anormales que lorsqu’elles se répètent souvent. Ces difficultés se répercutent généralement sur ses activités diurnes. Les signes tels que l’apparition de somnolences légères, l’altération des capacités d’attention ou encore l’irritabilité et la dégradation des performances scolaires peuvent vous alerter quant à un sommeil de mauvaise qualité. L’origine de ces perturbations peut être psychologique. Et bien souvent, la dynamique familiale est affectée.

L’importance des rituels du coucher

Quelles que soient ses difficultés, il est important que vous encouragiez votre enfant à se coucher à heures fixes, et surtout, que vous lui (re)donniez le goût du sommeil. Or, le moment du coucher est on ne peut plus délicat. En effet, celui-ci implique pour l’enfant de quitter une pièce éclairée et animée pour se retrouver seul dans une pièce sombre et silencieuse. Bref, rien de bien séduisant! Les rituels du coucher prennent alors toute leur importance. Leur objectif ? Rassurer votre enfant et faciliter le passage délicat entre l’état d’éveil et le sommeil. Ces derniers peuvent être une petite histoire, un brossage de dents, un câlin de la part des deux parents ou encore la présence du doudou, un bisou à la petite sœur… Plus l’enfant prendra de l’âge, moins la présence du parent s’imposera. Évitez toutefois de recourir à des appareils électroniques. Ces derniers risquent d’amorcer un processus d’éveil, et de contrecarrer l’entrée tant attendue dans le sommeil.

Un brin d’éducation !

Le sommeil est généralement perçu par les enfants (et les adolescents) comme une contrainte, une punition, dont ils se passeraient volontiers. Dans ce sens, sensibiliser votre enfant à l’importance du sommeil et à ses nombreux atouts peut lui être bénéfique. Cette acquisition de connaissances lui permettra de mieux gérer son propre rythme de sommeil et surtout, de mieux accueillir vos directives : « il est temps que tu ailles te coucher », « je ne préfère pas que tu regardes ce film ce soir, il est trop tard »… Selon Françoise Delormas, médecin et ancienne Directrice du PROSOM (Association Nationale de Promotion des Connaissances sur le Sommeil), le sommeil de votre enfant peut être éduqué. Cette éducation reposant sur quatre grands principes de base : l’écoute attentive de ses besoins, la stimulation de sa créativité et de son imagination, le travail d’équipe avec les enseignants, les spécialistes et l’entourage proche, et enfin sa réelle responsabilisation vis-à-vis de son sommeil.

  • Et chez l’ado ?

Les adolescents ont des besoins accrus de sommeil. Et pourtant, ils n’apprécient pas se coucher tôt! Sans oublier que leur cadre de vie ne facilite guère le respect de leurs besoins. Nouvelles contraintes scolaires, émergence d’activités extrascolaires, enrichissement des relations amicales et amoureuses, affirmation de soi et émancipation… Autant de changements diurnes aux conséquences nocturnes. Ainsi, nombreux sont les adolescents à souffrir d’un manque de sommeil. Les signes d’alerte peuvent alors être multiples: somnolence, altération de l’humeur, perturbation des performances scolaires, prise de poids, voire abus de drogues ou d’alcool. Les insomnies sont les troubles plus fréquemment observés. Certaines sont bénignes, d’autres problématiques. Les insomnies survenant la nuit précédent un examen scolaire sont généralement anodines. A l’inverse, les insomnies chroniques du milieu de nuit sont plus inquiétantes. Celles-ci pouvant révéler une forte anxiété, voire une dépression.

Tabac, cannabis, alcool : quels effets ?

C’est à l’adolescence qu’émerge la consommation de certaines substances telles que le tabac, l’alcool ou encore le cannabis. Leurs conséquences sur le sommeil se révèlent généralement néfastes. La consommation régulière de tabac perturbe l’endormissement et engendre une somnolence matinale et diurne du jeune fumeur. L’effet anxiolytique du cannabis procure quant à lui au consommateur occasionnel l’illusion de faciliter son endormissement. Or, de même que pour l’alcool, une consommation plus régulière entraîne une irrégularité du rythme du sommeil ainsi qu’une altération des performances intellectuelles.

Télévision, internet : des pièges à éviter !

L’utilisation régulière de médias tels que la télévision, l’ordinateur, la console de jeux ou encore le téléphone portable retardent l’entrée dans le sommeil. Autant pour l’enfant que pour l’adolescent. Les chronopsychologues les associent en effet à des états d’éveil et à des sommeils de mauvaise qualité. Et pour cause. Lorsque votre enfant regarde par exemple la télévision, il n’est plus en mesure d’accueillir les signaux d’entrée dans le sommeil (bâillements, inattention…). La luminosité des écrans décroît quant à elle la sécrétion de la mélatonine, hormone clé régulatrice du rythme du sommeil, jusqu’à en altérer l’endormissement. Enfin, le contenu diffusé par l’écran risque de stimuler votre enfant, de le préoccuper, et ainsi de retarder encore un peu plus l’entrée dans le sommeil.

  • Enfants et ados : comment les aider à mieux dormir ?

Le cadre de vie influence considérablement le sommeil de votre enfant. D’un point de vue matériel, il est préférable que votre enfant dorme seul, dans une chambre silencieuse, privée de télévision et d’ordinateur, et à la température modérée. Il est préférable que le dîner s’organise tôt dans la soirée et à heures fixes, sans oublier qu’à partir de 19h-20h les activités stimulantes (telles que la télévision, l’internet, le téléphone) doivent laisser la place à des occupations plus calmes et plus paisibles (telles que la lecture et l’écriture). Le matin, n’hésitez pas à dynamiser leur réveil par une douche ou une petite marche matinale.

Qui consulter ?

Si les difficultés de sommeil persistent plus d’une semaine, n’hésitez pas à consulter. Privilégiez le pédiatre (ou le médecin traitant) qui restera votre premier interlocuteur. Parfois, le simple fait d’évoquer ces perturbations face à un professionnel suffit à débloquer la situation : l’enfant prend alors conscience de ses difficultés et les parents agissent en conséquence. Si l’origine des troubles de sommeil de votre enfant sont complexes, peut-être sera-t-il orienté vers un psychologue pour enfants. En cas de trouble majeur, quelques médicaments traditionnellement employés contre les troubles du sommeil des adultes peuvent même être prescrits aux enfants et aux adolescents, dans la limite d’une posologie bien définie. Vous l’aurez compris, le sommeil de nos enfants et de nos adolescents doit donc être surveillé, éduqué, préparé et orienté, afin de leur procurer un repos bénéfique et indispensable à leur bonne santé.

Pour aller plus loin…

Agnès Brion (2011). Les conséquences du manque de sommeil à l’adolescence. Médecine du Sommeil, volume 8, pp 145-151.

Marie-Josèphe Challamel (2009). Le sommeil chez l’enfant. Avec la collaboration de Patricia Franco et Mélodie Hardy. Issy-les-Moulineaux : Elsevier-Masson.

Françoise Delormas (2008). L’éducation au sommeil chez l’enfant. Médecine du Sommeil, volume 5, pp 19-23.

Fabien Guénolé et collaborateurs (2011). Sommeil et substances à l’adolescence : les effets de la caféine, de l’alcool, du tabac et du cannabis. Médecine du Sommeil, volume 8, pp 152-158.

Site internet du PROSOM (http://www.prosom.org/)

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